Martin Sjöstedt (1978-) l'héritage du jazz européen

Publié le 9 avril 2026 à 06:12

Sur le continent européen, la perpétuation, l'actualisation et la sophistication de la grande tradition du jazz acoustique nord-américain trouvent en Martin Sjöstedt l'un de ses hérauts les plus talentueux et prolifiques. Évoluant principalement au sein de la brillante scène scandinave, Sjöstedt incarne le profil fascinant d'un musicien bipolaire au sens organologique du terme. Initialement formé de manière intensive au piano dès l'âge de cinq ans, sous l'influence des grands disques de jazz de Louis Armstrong, Count Basie et Duke Ellington écoutés par son père, il bascule vers la contrebasse de manière presque fortuite lors de son adolescence, après qu'un instrument lui a été prêté.

L'approche de Sjöstedt envers la contrebasse est foncièrement ancrée dans l'école américaine classique du swing. Il cite Jimmy Blanton — l'homme qui a littéralement émancipé la contrebasse dans l'orchestre d'Ellington dans les années quarante — et Ray Brown comme piliers esthétiques absolus. Sa technique met en exergue l'amplitude sonore boisée, la fermeté percussive de l'attaque et la précision harmonique inébranlable. Le fait qu'il maîtrise également le piano à un niveau professionnel confère à ses lignes de basse une logique d'arrangement inouïe : il ne se contente pas d'égrener des notes fondamentales, il compose le mouvement interne de l'orchestre en direct, anticipant les accords avec la vision d'un claviériste.

Dès la fin des années quatre-vingt-dix, alors qu'il fréquente le Royal College of Music de Stockholm, la demande pour ses services est telle qu'il quitte l'académie pour devenir le contrebassiste de prédilection du redoutable Stockholm Jazz Orchestra. Il navigue à travers des arrangements d'une complexité vertigineuse aux côtés de titans internationaux comme Joe Lovano, Bob Mintzer ou Maria Schneider. Qu'il officie en tant que leader (Martin Sjöstedt Band), sideman dans des quatuors intimistes avec des figures comme Håkan Broström, Karl Olandersson ou Seamus Blake, ou accompagnateur de la chanteuse britannique Claire Martin, ses enregistrements (dont les albums Whereabouts, In the blink of an eye, Horizon) illustrent parfaitement comment un contrebassiste peut, par son seul placement rythmique et sa solidité harmonique, diriger l'humeur, l'espace et l'énergie d'ensembles allant du trio de chambre ultra-sensible au big band foisonnant.

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