Merle Colby Allin Jr. (1955-) punk !

Publié le 9 avril 2026 à 05:48

Si la philosophie originelle du mouvement punk repose sur la destruction symbolique des idoles et le choc frontal des sensibilités bourgeoises, le bassiste Merle Colby Allin Jr. a opéré tout au long de sa carrière bien au-delà de ces simples frontières esthétiques, s'enfonçant dans une zone de nihilisme absolu. Originaire des contrées rurales et rudes du New Hampshire, l'enfance d'Allin est marquée au fer rouge par une profonde instabilité familiale, vivant sous le joug d'un patriarche tyrannique, abusif et fanatique sur le plan religieux. Cet environnement dysfonctionnel d'une violence inouïe forge en lui un rejet viscéral de toute forme d'autorité, une matrice idéologique sombre qui servira de socle inébranlable à ses futurs projets musicaux.

Bien que Merle Allin ait milité au sein de formations respectables de l'underground bostonien comme Thrills (également connus sous le nom de City Thrills) à la fin des années soixante-dix, ou enregistré des lignes de basse poisseuses avec les Cheater Slicks sur leur premier album On Your Knees, son identité musicale et publique est viscéralement et tragiquement liée à celle de son jeune frère, le tristement célèbre chanteur GG Allin. En tant que principal architecte rythmique et soutien indéfectible de groupes familiaux tels que Malpractice, The AIDS Brigade, et de manière emblématique, The Murder Junkies, Merle a dû concevoir et exécuter des lignes de basse capables de survivre au chaos absolu des performances en direct. Les concerts de ces formations se terminaient en effet presque systématiquement dans la violence physique généralisée, l'automutilation sanglante, la coprophagie et l'intervention musclée des forces de l'ordre.

Dans l'économie sonore des Murder Junkies, le rôle du bassiste acquiert une dimension psychologique unique. Il ne s'agit pas seulement de tenir le tempo frénétique face aux excentricités obscènes de son frontman, mais d'assurer une structure tangible, un punk rock lourd et martial fortement influencé par la scène protopunk de Détroit (The Stooges), sur laquelle la performance abjecte peut s'appuyer sans s'effondrer musicalement. La discographie qui en résulte, incluant l'album studio testamentaire Brutality and Bloodshed for All (1993), constitue une véritable archive sonore de la misanthropie radicale. Après le décès tragique de son frère par overdose, Merle Allin s'est érigé en gardien farouche de cette mémoire controversée. Il a maintenu l'activité des Murder Junkies à travers les décennies suivantes, sortant de nouveaux albums, et a participé activement à des œuvres documentaires majeures telles que Hated: GG Allin and the Murder Junkies (réalisé par Todd Phillips) et des apparitions sur la chaîne Soft White Underbelly. Sa trajectoire illustre une perpétuelle fascination pour les abîmes de la psychologie humaine, renforcée par son activité assumée de collectionneur d'artefacts liés aux tueurs en série.

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