Wally Waller (1944-) le psychédélique britannique

Publié le 9 avril 2026 à 05:29

L'émergence foudroyante du rock britannique des années soixante trouve en Alan Edward Waller, universellement connu sous le pseudonyme de Wally Waller, un architecte sonore de tout premier plan dont l'influence s'étend bien au-delà de ses seules lignes de basse. Son initiation aux scènes fiévreuses du beat et du rhythm and blues se fait initialement à la guitare rythmique au sein de Bern Elliott and the Fenmen, une formation de la banlieue londonienne. Mais la véritable césure artistique de sa vie intervient en 1967 lorsqu'il intègre le sulfureux groupe The Pretty Things, réputé pour son attitude scénique brute, ses cheveux longs provocateurs et sa rivalité initiale, souvent sous-estimée, avec les Rolling Stones.

Le basculement de Waller vers la basse électrique coïncide avec la transition audacieuse du groupe vers le rock psychédélique. Sa synergie créative fulgurante avec le chanteur et parolier Phil May génère l'un des artefacts culturels les plus fascinants et ambitieux de cette époque : l'album S.F. Sorrow (1968). Souvent cité par les musicologues comme le tout premier opéra-rock de l'histoire de la musique, précédant de plusieurs mois le célèbre Tommy des Who, ce chef-d'œuvre conceptuel doit énormément à la vision compositionnelle de Waller. Son jeu de basse sur cet enregistrement est sinueux, inventif et lourdement saturé, s'éloignant délibérément des motifs blues traditionnels en I-IV-V pour explorer des contrepoints mélodiques sophistiqués qui soutiennent l'étrangeté de la narration dystopique de l'album. L'acuité de Waller ne se limite d'ailleurs pas à l'instrumentation ; le duo créatif produit l'opus acclamé Parachute l'année suivante en 1970, un album salué par la critique comme un sommet de sophistication rock.

Profondément conscient des mécanismes de la production musicale et de l'orchestration en studio, Waller effectue une transition naturelle et fluide vers les consoles de mixage. En 1971, il accepte l'invitation de Norman Smith pour devenir producteur interne chez le géant de l'industrie EMI. Il supervise alors l'esthétique sonore de groupes phares du rock progressif comme Barclay James Harvest, et opère même sous le pseudonyme facétieux d'"Asa Jones" pour contourner des impératifs contractuels lorsqu'il décide de produire de nouveau ses anciens camarades des Pretty Things sur l'album Freeway Madness. À travers les décennies, ponctuelles réunions scéniques et projets solos (tel que le récent album intimiste Kitchen Rock enregistré durant les confinements de 2020), Waller a magistralement démontré que la perspective d'un bassiste, organiquement structurée autour de l'équilibre des fréquences et de la charpente harmonique, se transpose avec une redoutable efficacité dans le fauteuil de réalisateur artistique.

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