Paul Dedrick Gray, né le 8 avril 1972 à Los Angeles en Californie, et élevé à Des Moines dans l'Iowa, est mondialement reconnu comme le bassiste, compositeur, choriste et membre cofondateur de l'entité colossale du heavy metal moderne, Slipknot. Sa trajectoire illustre la transmutation des traumatismes personnels et de l'isolement géographique en un phénomène musical mondial.
L'enfance de Gray a été profondément marquée par l'instabilité et le deuil, notamment le suicide de son père. C'est l'influence de son frère aîné qui l'a orienté vers le rock classique (Led Zeppelin, Black Sabbath), déclenchant son intérêt pour la guitare dès l'âge de 11 ans. Le tournant organologique majeur de sa vie survient suite à son déménagement dans l'Iowa. Isolée et dépourvue de connexions sociales, sa transition vers la guitare basse s'opère vers 1993, lorsqu'il entend des musiciens locaux chercher un bassiste capable de jouer des reprises de groupes de thrash metal comme Slayer. Bien qu'il ne maîtrise alors que la guitare, Gray saisit l'opportunité, découvrant dans l'instrument grave une physique sonore inédite qu'il embrassera pour le reste de ses jours.
Avant la genèse de Slipknot en 1995, Gray a laborieusement forgé sa technique dans l'underground extrême de Des Moines, officiant au sein de multiples formations telles que Sudden Infant Death Syndrome, Vexx, Body Pit, Inveigh Catharsis, The Have Nots, et le groupe de grindcore Anal Blast (où il croise la route du futur batteur de Slipknot, Joey Jordison).
Analyse de l'ingénierie sonore de Slipknot : Au sein de Slipknot (où il était désigné par l'identifiant "#2" et dissimulait son visage derrière des masques effrayants, initialement un masque de cochon, d'où son surnom "The Pig"), la tâche incombant à Gray était d'une complexité absolue. L'orchestration du groupe impliquait deux guitaristes utilisant des amplificateurs à gain extrême avec des accordages particulièrement graves (généralement en Drop B ou Drop A), ainsi qu'un batteur véloce soutenu par deux percussionnistes additionnels frappant sur des barils métalliques. Pour exister dans ce chaos fréquenciel, le bassiste gaucher a fait le choix délibéré du plectre (médiator) et d'un tirant de cordes massif, produisant une attaque métallique percutante indispensable pour percer le mixage.
Toutefois, la documentation technique, notamment son DVD pédagogique Behind the Player (2008), révèle qu'il ne se cantonnait pas au jeu au médiator ; il maîtrisait d'intenses techniques de slap (évidentes sur la démo Mate. Feed. Kill. Repeat. de 1996) et un jeu digital rapide. En tant que compositeur principal, Gray ne se limitait pas à suivre la guitare : ses lignes de basse assuraient la cohésion d'un édifice menaçant de s'effondrer sous sa propre densité. Il a enregistré les parties de basse des quatre premiers albums titanesques du groupe : Slipknot (1999), Iowa (2001), Vol. 3: (The Subliminal Verses) (2004), et All Hope Is Gone (2008).
Malgré ce triomphe planétaire (récompensé par des Grammy Awards), l'existence de Gray fut obscurcie par de lourdes addictions aux stupéfiants. En 2003, une arrestation consécutive à un accident de la route avait déjà révélé au grand public ses problèmes de consommation, son "mugshot" constituant par ailleurs l'une des rares diffusions de son visage démasqué. La tragédie frappe inéluctablement le 24 mai 2010, lorsque Paul Gray est découvert sans vie dans une chambre d'hôtel d'Urbandale, dans l'Iowa. L'investigation médicale a conclu à une overdose accidentelle létale combinant morphine et fentanyl, exacerbée par une pathologie cardiaque préexistante. Le drame a donné lieu à de longues suites judiciaires, son médecin traitant ayant été inculpé (puis acquitté au pénal en 2014) d'homicide involontaire pour prescription abusive d'opiacés, bien qu'un accord financier au civil ait été trouvé avec la famille.
Le décès de Gray a provoqué une onde de choc sans précédent dans l'industrie musicale, privant Slipknot de son principal médiateur et catalyseur artistique. Le lendemain de sa mort, les huit membres restants, bouleversés, se sont présentés exceptionnellement sans leurs masques lors d'une conférence de presse aux côtés de la veuve de Gray, Brenna. L'héritage de sa contribution a été scellé par l'attribution par le magazine Kerrang! d'une distinction posthume pour "Services rendus au Metal", la création d'un trophée à son nom ("Paul Gray: Best Bassist of the Year") décerné initialement à Nikki Sixx, et la parution en 2014 de l'album cathartique .5: The Gray Chapter. Lors des tournées suivant sa disparition, son équipement symbolique—sa combinaison, son masque de cochon et sa basse—était solennellement disposé sur la scène, rappelant l'empreinte indélébile du numéro 2 sur la culture metal.
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