Martín Méndez (1978-) le phrasé Jazz du Métal

Publié le 6 avril 2026 à 12:11

Né Carlos Martin Mendez Esposito le 6 avril 1978 à Montevideo, en Uruguay, avant d'émigrer en Suède à l'âge de 17 ans, Martín Méndez est indubitablement l'un des artisans majeurs de l'évolution stylistique du death metal vers des sphères hautement progressives. Fils d'un bassiste qui avait abandonné la pratique professionnelle, Méndez découvre par hasard l'instrument familial conservé à domicile à l'âge de onze ans. Cet éveil musical fulgurant le conduit rapidement à prendre des cours pour maîtriser les fondements théoriques, bien qu'il finisse par développer une approche où l'intuition auditive prévaut sur la rigidité académique, affirmant la nécessité de comprendre "pourquoi certaines notes paraissent magnifiques ou menaçantes".

L'intégration de Martín Méndez au sein de la légendaire formation suédoise de metal progressif Opeth s'effectue en 1997, et coïncide avec une période de redéfinition paradigmatique du genre, où les textures harmoniques complexes commençaient à supplanter la simple brutalité sonique du death metal traditionnel. Son arrivée se fait juste avant l'enregistrement de l'album charnière My Arms, Your Hearse (1998). Bien qu'un conflit d'emploi du temps l'empêche de participer matériellement à cet enregistrement (obligeant le chanteur et guitariste fondateur Mikael Åkerfeldt à assurer lui-même les pistes de basse en urgence), Méndez mémorise les parties pour la tournée subséquente et gagne définitivement sa place. Il fait ses preuves artistiques définitives en studio dès 1999 avec l'enregistrement de l'album conceptuel unanimement acclamé par la critique, Still Life. Depuis lors, au fil de quatorze albums studios, il demeure le membre à la longévité la plus importante au sein de la formation, immédiatement après son fondateur Åkerfeldt.

La contribution de Méndez à la musique d'Opeth est fondamentale et profondément transformatrice d'un point de vue musicologique. Le metal extrême des années 1990 souffrait fréquemment d'un traitement unidimensionnel de la basse électrique, l'instrument se bornant souvent à doubler aveuglément les riffs de guitare lourdement saturés, en utilisant un médiator, noyant ainsi ses fréquences dans un "mur de son" (wall of sound) indistinct. Méndez rompt radicalement avec cette pratique : il utilise exclusivement la technique du jeu aux doigts (fingerstyle), offrant une rondeur et une attaque distincte, et navigue avec aisance sur des basses Fender Jazz frettées et fretless, ainsi que sur des instruments haut de gamme de la marque allemande Sandberg (qui lui consacrera un luxueux modèle signature à quatre cordes en 2018), amplifiés par du matériel EBS et des pédales MXR.

Son bagage culturel, ses origines sud-américaines et son profond amour pour le jazz lui permettent d'injecter un vocabulaire harmonique inédit dans le genre : des syncopes aux inflexions latines, des "ghost notes" (notes percussives étouffées) percutantes, un phrasé mélodique fluide, et une conscience structurelle de la dynamique permettant de contrebalancer les compositions labyrinthiques et orchestrales d'Opeth. Pendant près d'une décennie, il a formé avec le batteur uruguayen Martin Lopez une section rythmique que les observateurs qualifiaient d'implacable "machine rythmique" aux grooves chaloupés, définissant l'identité même du son Opeth des années 2000 sur des chefs-d'œuvre historiques tels que Blackwater Park (2001), Deliverance (2002) et Ghost Reveries (2005).

Cette immense flexibilité d'adaptation a permis à la basse de suivre, et bien souvent de guider harmoniquement, l'abandon progressif mais radical du son death metal (et des chants gutturaux) amorcé par le groupe avec l'album clivant Heritage en 2011, au profit d'un rock progressif pur assumant pleinement l'héritage d'ensembles des années 1970 comme King Crimson ou Camel. Éprouvant néanmoins un attachement personnel vivace pour les textures plus sombres et la violence asymétrique contrôlée du metal extrême qu'Opeth avait délaissées, Méndez fonde en 2019 son propre projet d'expression libératoire, White Stones, conçu comme un projet exutoire à Barcelone. Profondément influencé par la modalité d'icônes du jazz spirituel comme John Coltrane et Wilbur Harden, White Stones, avec des disques menaçants et jazzy tels que Kuarahy (2020), Dancing into Oblivion (2021) et Memoria Viva (2024), permet à Méndez d'explorer conceptuellement les sentiments profonds d'isolement psychologique et de peur liés aux périodes de confinement mondial, tout en maintenant une virtuosité technique implacable et en proposant des growls spectraux. Toujours vivant, résidant en Europe et en constante activité, Martín Méndez continue d'enregistrer et de remplir les grandes salles mondiales avec Opeth, comme en témoigne le triomphe de leur dernier album lauréat du Grammis suédois The Last Will and Testament (2024), affirmant incontestablement sa position comme l'un des bassistes les plus innovants et respectés de la scène heavy et progressive moderne.

Période d'Activité Artiste / Formation Rôles et Matériel Œuvres Sélectives et Faits Marquants
1997 – Présent Opeth Basse électrique (frettée/fretless) Albums historiques : Still Life (1999), Blackwater Park (2001), Ghost Reveries (2005), The Last Will and Testament (2024).
2019 – Présent White Stones Leader, composition, basse Albums : Kuarahy (2020), Dancing into Oblivion (2021), Memoria Viva (2024). Projet solo metal extrême influencé par le jazz.
2018 Sandberg (Lutherie) Concepteur associé Création du modèle Sandberg Signature Martín Méndez 4 cordes.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.