John Stax (1944-) le rythm and blues britannique

Publié le 6 avril 2026 à 11:36

Né John Edward Lee Fullagar le 6 avril 1944 à Crayford, dans le comté du Kent en Angleterre, John Stax représente l'archétype viscéral du bassiste issu de la première vague du British Blues Boom. Il adopte très tôt le pseudonyme professionnel de "Stax" en hommage explicite et assumé au célèbre label américain Stax Records, marquant ainsi son affiliation esthétique profonde avec la musique noire américaine, la soul sudiste, le blues et le rhythm and blues de Chicago. Son apprentissage musical s'amorce vers l'âge de treize ans avec un vieux banjo trouvé au domicile familial, mais il se tourne rapidement vers la basse électrique, subjugué et influencé par des figures tutélaires telles que Jimmy Reed, Slim Harpo, Chuck Berry, Howlin' Wolf, Billy Boy Arnold et Bo Diddley. Son objectif avoué n'est pas d'atteindre une virtuosité technique stérile, mais de capturer "un son et un feeling qui pénètrent directement dans l'âme".

En septembre 1963, il s'associe au chanteur charismatique Phil May et au guitariste Dick Taylor pour former The Pretty Things. Il convient de souligner le contexte historique de cette formation : Dick Taylor venait tout juste de quitter le groupe naissant des Rolling Stones (qu'il avait cofondé avec Mick Jagger, Keith Richards et Brian Jones) car il refusait d'y être relégué à la basse, préférant la guitare solo. C'est donc John Stax qui hérite du rôle de bassiste au sein de ce nouveau projet musical. Le groupe, nommé d'après la célèbre chanson éponyme de Bo Diddley, va rapidement s'imposer sur la scène londonienne comme l'une des formations les plus sauvages, intransigeantes et sans compromis du Royaume-Uni.

L'approche instrumentale de John Stax s'avère fondamentale dans l'élaboration du son caractéristique des Pretty Things, une esthétique souvent qualifiée de "thrash R&B" bien avant l'invention historique du terme thrash dans les années 1980. Son jeu de basse rejette délibérément la subtilité mélodique au profit d'une attaque rythmique d'une agressivité et d'une percussivité inédites. Un critique musical de l'époque a d'ailleurs décrit son timbre de basse avec éloquence, affirmant qu'il semblait provenir de "cordes de basse Black Bison frappées par les mains d'un apprenti boucher démoniaque". Cette rudesse sonore assumée, couplée à ses interventions ponctuelles mais frénétiques à l'harmonica et à ses chœurs, propulse les premiers succès commerciaux du groupe. Entre 1964 et 1965, la ligne de basse de Stax soutient des hymnes bruts tels que "Rosalyn" (qui atteindra la 41e place des charts britanniques), "Don't Bring Me Down" (10e place), "Midnight to Six Man", "Road Runner", "Cry to Me" et la composition originale "Honey I Need" (13e place). La synergie féroce entre l'assise grave de Stax et la batterie anarchique de Viv Prince crée une fondation rythmique d'une intensité rare pour l'époque, qui influencera profondément et durablement des artistes comme David Bowie (qui reprendra "Rosalyn" et "Don't Bring Me Down" sur son album Pin Ups), les Ramones et les futurs pionniers du punk rock et du garage rock.

La trajectoire de Stax au sein des Pretty Things, bien que fulgurante, s'interrompt brutalement en janvier 1967. La chronologie de son départ est intimement liée à une infâme tournée du groupe en Nouvelle-Zélande en 1965. Cette série de concerts s'est transformée en désastre diplomatique, le groupe se voyant banni à vie du pays en raison de son comportement subversif, d'une destruction de matériel hôtelier, et d'un incident notoire impliquant l'incendie d'un sac contenant une écrevisse pourrie en plein vol. Face à ces tensions internes exacerbées et au virage stylistique du groupe vers un rock psychédélique plus complexe (qui culminera avec le premier opéra rock de l'histoire, S.F. Sorrow, en 1968), Stax et le guitariste rythmique Brian Pendleton quittent la formation.

S'éloignant de l'épicentre de l'industrie musicale britannique, John Stax émigre en Australie en 1970. En 1985, il s'enracine dans la région des Dandenong Ranges, construisant de ses propres mains une maison en briques de boue à Menzies Creek, dans l'État de Victoria, où il réside encore aujourd'hui. Son empreinte musicale demeure cependant vivace sur ce nouveau continent. Dans les années 1980, il publie quelques singles en solo, tels que "Waking In The Middle Of The Night" (1983), "Dance For My Love" (1984) et "Infatuation", sous le label Lamborghini Records. Plus tard, il s'intègre activement à la scène locale en rejoignant le supergroupe de R&B de Melbourne, Blues Hangover. Cette formation de vétérans comprend Dave Hogan au chant et à l'harmonica, Warren Rough à la guitare, Ken Farmer à la batterie, ainsi que des apparitions de Peter Wells (du célèbre groupe de hard rock australien Rose Tattoo) et de Lucy De Soto. Avec Blues Hangover, Stax renoue avec ses racines brutes et enregistre deux albums remarqués sous le label indépendant Dog Meat : Blues Hangover (1995) et Roadrunner (1996).

Parallèlement à sa carrière de bassiste, John Stax développe une expertise pointue et respectée en lutherie à partir de 1995. Après avoir fabriqué des guitares électriques massives, des guitares acoustiques et des dulcimers des Appalaches, il concentre aujourd'hui son savoir-faire sur la création d'instruments singuliers : les guitares fabriquées à partir de boîtes de cigares (Cigar Box Guitars). Il fonde l'entreprise Black Diamond Cigar Box Guitars, concevant ces pièces uniques faites à la main qu'il promeut comme un art guitaristique singulier ("Unique Guitar Art"). La conception de ces instruments primitifs perpétue de manière poétique son amour immodéré pour les sonorités originelles et non sophistiquées du delta blues. Bien que retiré des circuits commerciaux majeurs, Stax a occasionnellement renoué avec son glorieux passé en rejoignant The Pretty Things sur scène lors de leurs tournées australiennes en 2012 (jouant de la basse et de l'harmonica sur quelques morceaux) et en faisant une ultime apparition en tant qu'invité lors de leur tournée d'adieu mondiale (Farewell Tour) à Melbourne en 2018, clôturant ainsi magistralement la boucle d'une carrière historique avant le décès de Phil May en 2020.

Période d'Activité Artiste / Formation Rôles et Instruments Œuvres Sélectives et Faits Marquants
1963 – 1967 The Pretty Things Basse électrique, harmonica, chœurs Albums : The Pretty Things, Get the Picture?, Emotions. Singles : Rosalyn, Don't Bring Me Down.
1983 – 1984 John Stax (Solo) Composition, interprétation Singles (Lamborghini Records) : Waking In The Middle Of The Night, Dance For My Love.
1995 – 1996 Blues Hangover Basse électrique Albums : Blues Hangover (1995), Roadrunner (1996) sortis chez Dog Meat.
1995 – Présent Black Diamond CBG Luthier, concepteur Fabrication de Cigar Box Guitars, d'instruments acoustiques et de dulcimers.

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