Ronnie Lane (1946-1997) La Révolution Mélodique du Rock

Publié le 1 avril 2026 à 07:18

Dans le panthéon du rock britannique des années 1960 et 1970, peu de figures suscitent autant d'affection et de respect que Ronald Frederick Lane, né le 1er avril 1946 à Plaistow, dans la banlieue ouvrière de l'est de Londres. Bassiste, chanteur et auteur-compositeur, Ronnie Lane (surnommé "Plonk") a redéfini le rôle de la basse dans les formations rock, passant d'un simple accompagnement fonctionnel à un contrepoint mélodique essentiel. Sa vie est un récit captivant qui traverse l'explosion de la culture Mod, la folie des stades, et une quête profondément touchante de retour à l'authenticité rurale, avant de s'achever dans un combat héroïque contre la maladie.

L'ascension de Lane a débuté de manière archétypale pour la classe ouvrière britannique de l'après-guerre. Quittant l'école à l'âge de seize ans, il a trouvé dans la musique un exutoire et une perspective d'avenir. Il a rapidement fait la connaissance de Kenney Jones dans un pub local, le Ruskin Arms, où travaillait le frère de Lane. Partageant une passion commune pour le rythme, ils ont formé un petit groupe amateur nommé The Outcasts, dans lequel Lane officiait initialement comme guitariste soliste. Conscient que le groupe manquait d'assise, il a pris la décision pragmatique de passer à la basse. Cet acte fondateur l'a conduit au J60 Music Bar de Manor Park pour y faire l'acquisition d'une basse de marque Harmony. C'est dans cette boutique qu'il a rencontré un jeune employé extraverti, Steve Marriott, ancien enfant acteur et chanteur à la voix phénoménale. Une amitié instantanée s'est nouée. Marriott a invité Lane chez lui et l'a initié à sa vaste collection de disques importés des labels américains Motown et Stax. Cette épiphanie musicale a défini le style de Lane : fasciné par le jeu de James Jamerson (le légendaire bassiste de session de la Motown) et de Donald "Duck" Dunn, Lane a compris que la basse ne devait pas se contenter de marteler la note fondamentale, mais pouvait être un instrument mélodique, fluide, rythmiquement indépendant, capable de chanter en harmonie avec la ligne vocale.

En 1965, Lane, Marriott, Jones et le claviériste Jimmy Winston (rapidement remplacé par Ian McLagan à l'orgue Hammond) ont fondé les Small Faces. Le nom du groupe était une référence directe à leur petite taille physique et au terme "Face", argot désignant une personne influente et élégante dans la sous-culture Mod londonienne. Les Small Faces sont devenus les porte-étendards de ce mouvement, arborant des costumes impeccables et produisant un blue-eyed soul électrisant. L'alchimie entre la voix éraillée de Marriott et la basse rebondissante de Lane a propulsé le groupe au sommet des charts britanniques avec des hymnes d'énergie pure. À mesure que les années 1960 avançaient, le groupe a embrassé le rock psychédélique, culminant avec la sortie en 1968 du chef-d'œuvre conceptuel Ogdens' Nut Gone Flake. Les compositions de Lane y apportaient une touche de mélancolie et d'humour cockney qui contrebalançait parfaitement les ambitions de Marriott.

Cependant, les tensions internes et le sentiment de ne pas être pris au sérieux en tant que musiciens ont conduit Marriott à quitter brusquement le groupe en 1969 pour former Humble Pie. Loin de s'effondrer, Lane, Jones et McLagan se sont réinventés. Ils ont recruté deux membres du Jeff Beck Group : le chanteur Rod Stewart et le guitariste Ron Wood. Devenus un quintette, ils ont raccourci leur nom en The Faces. Cette incarnation est entrée dans la légende comme le groupe de rock and roll festif par excellence du début des années 1970. Arborant un style vestimentaire débraillé et assumant une consommation prodigieuse d'alcool sur scène, les Faces barnstormaient à travers le monde, remplissant les stades et vendant des millions d'albums. Au sein de cette machinerie chaotique, Ronnie Lane était le cœur émotionnel du groupe. Il partageait l'essentiel des responsabilités d'écriture avec Stewart et Wood, signant des classiques intemporels du répertoire rock. Son jeu de basse, gras, puissant et omniprésent, ancrait les riffs de guitare de Wood. Lors de l'enregistrement de leur ultime album, Ooh La La (1973), Lane a pris les rênes de la direction artistique, interprétant même la chanson titre, face à un Rod Stewart de plus en plus accaparé par son succès solo phénoménal.

L'année 1973 marque une rupture. Écœuré par la dimension corporatiste de l'industrie musicale, fatigué de vivre dans l'ombre grandissante de Stewart, et cherchant une existence plus en phase avec la nature, Lane a quitté les Faces, abandonnant une fortune potentielle. Se retirant dans la campagne anglaise, il a formé son propre projet, Slim Chance, un collectif à géométrie variable. La musique de Lane s'est alors métamorphosée. Délaissant le rock tapageur, il s'est tourné vers un folk-rock rustique, mystique et profondément personnel, infusé d'instruments acoustiques, de violons et d'accordéons. Des chansons lumineuses comme "The Poacher", "Burnin' Summer" et "Annie" témoignaient de sa communion avec la nature. Dans un acte de romantisme bohème presque suicidaire financièrement, il a organisé le "Passing Show" en 1974 : une tournée parcourant l'Angleterre rurale sous un chapiteau, avec une caravane de roulottes tziganes, des cracheurs de feu, des jongleurs et ce qu'il appelait avec humour "les clowns les moins drôles du monde". Si le projet fut un désastre logistique et financier qui l'a laissé ruiné, il demeure l'une des tentatives les plus poétiques de déconstruire le mythe de la rock star.

Le drame a frappé en 1977. Alors que des amis comme Pete Townshend (le guitariste des Who) s'inquiétaient de ses difficultés motrices et d'une élocution pâteuse qu'ils attribuaient à tort à l'ébriété, Lane a été diagnostiqué avec la sclérose en plaques (MS). Cette maladie neurologique dégénérative, dont souffrait également sa mère, l'a progressivement privé de sa capacité à jouer de la basse, à tenir un plectre, puis à marcher. Face à cette tragédie, la communauté rock s'est mobilisée de manière sans précédent. En 1983, ses amis, dont Jimmy Page, Eric Clapton, Jeff Beck, Steve Winwood et Bill Wyman, ont organisé la tournée historique de concerts de charité A.R.M.S. (Action for Research into Multiple Sclerosis) pour lever des fonds et sensibiliser le public, démontrant l'immense respect que la profession vouait à Lane.

Cherchant un climat plus clément et des traitements expérimentaux (allant de l'homéopathie aux injections de venin de serpent, dont il plaisantait avec un humour inaltérable), Lane a déménagé au Texas, puis dans le Colorado. Bien que confiné à un fauteuil roulant et physiquement diminué, son esprit est resté intact. Il a continué de soutenir la musique, collaborant occasionnellement, comme lors de brèves réunions sous le nom des Majic Mijits avec Steve Marriott en 1981, bien que son état l'ait empêché de tourner. Après un combat de vingt et un ans contre la maladie, Ronald Frederick Lane s'est éteint le 4 juin 1997 à Trinidad, dans le Colorado, à l'âge de 51 ans. Son intronisation posthume au Rock and Roll Hall of Fame avec les Small Faces et les Faces en 2012 est la reconnaissance institutionnelle de sa place incontournable dans l'histoire de la musique : celle d'un pionnier de la basse mélodique et d'un poète au grand cœur.

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