Bo Stefan Alexander Olsdal, né le 31 mars 1974 dans la ville côtière de Göteborg en Suède, est un musicien, compositeur et producteur de renommée internationale, mondialement célébré pour être le cofondateur, le bassiste tentaculaire, le claviériste et le guitariste rythmique de l'immense groupe de rock alternatif Placebo. Son parcours illustre la fluidité culturelle européenne et l'hybridation constante entre l'énergie du punk-rock organique et la sophistication des musiques électroniques.
Les racines de l'identité cosmopolite d'Olsdal se forgent très tôt. Durant sa prime jeunesse, sa famille quitte la Suède pour s'installer dans le microcosme diplomatique et financier du Luxembourg. C'est dans ce contexte multiculturel qu'il est inscrit à l'American International School of Luxembourg. Fait anecdotique mais prémonitoire, c'est au sein de cet établissement exclusif qu'il croise de manière fugace et lointaine un autre élève britannique, Brian Molko. À cette époque, les deux adolescents évoluent dans des cercles sociaux diamétralement opposés et n'interagissent que très peu.
L'apprentissage musical d'Olsdal débute de manière très académique et classique ; il fait ses gammes en jouant divers instruments au sein de l'orchestre de son école dès l'année 1987, acquérant ainsi une solide compréhension de la théorie musicale et de l'harmonie d'ensemble. À l'issue de ses études secondaires, qu'il termine de retour en Suède, son ambition dévorante de faire carrière dans la musique le pousse à franchir le pas de l'expatriation. En 1993, il s'installe à Londres, épicentre mondial du rock, où il s'inscrit au prestigieux Musicians Institute afin d'y parfaire sa maîtrise instrumentale de la basse et de la guitare dans un cadre professionnel exigeant.
C'est dans l'effervescence de la capitale britannique, en 1994, que le destin opère : lors d'une rencontre fortuite à la station de métro de South Kensington, Stefan Olsdal tombe nez à nez avec son ancien camarade luxembourgeois, Brian Molko. Redécouvrant leurs parcours respectifs, les deux jeunes hommes se rendent rapidement compte de leurs profondes affinités artistiques. Tous deux nourrissent une attirance viscérale pour un rock sombre, mélancolique, ouvertement androgyne et transgressif, un parti pris esthétique et sonore qui contraste violemment et délibérément avec le courant joyeux, macho et nostalgique de la Britpop (incarné par des groupes comme Oasis ou Blur) qui exerce alors une hégémonie absolue sur les ondes et la presse musicale du Royaume-Uni. Décidés à créer une alternative musicale à contre-courant, ils décident de former un groupe. Initialement nommée Ashtray Heart, leur formation embryonnaire commence de manière artisanale, écrivant leurs premières chansons dissonantes en utilisant des instruments pour enfants et des jouets. Désireux d'élever le projet à un standard professionnel, Olsdal met à profit son réseau et convainc son ancien ami de classe suédois, Robert Schultzberg, de les rejoindre en tant que batteur, jetant ainsi les bases rythmiques et les fondations définitives de ce qui deviendra Placebo.
Le rôle de Stefan Olsdal au sein de l'architecture musicale de Placebo dépasse largement et de très loin les fonctions d'un bassiste traditionnel cantonné à la section rythmique. Multi-instrumentiste virtuose et arrangeur pointilleux, il partage fréquemment et de manière fluide les parties de guitare (souvent accordées de manière non conventionnelle) avec Molko. Surtout, c'est Olsdal qui est responsable de l'introduction et de la programmation des textures de claviers synthétiques, des boucles industrielles et des basses séquencées qui deviendront, au fil des albums, la véritable signature sonore du groupe. Sur scène, sa stature athlétique et imposante (souvent vêtu de manière extravagante ou androgyne), couplée à son jeu de basse mélodique, incisif et lourdement pulsatif, crée un équilibre visuel et sonore absolument théâtral face à la petite taille, à la voix nasillarde déchirante et à la vulnérabilité provocatrice de Brian Molko.
La soif créative d'Olsdal ne s'est cependant jamais limitée aux immenses succès mondiaux, aux disques de platine et aux tournées des stades avec Placebo. Profondément passionné par la culture clubbing, la musique dance et l'expérimentation électronique, il a multiplié les projets annexes en tant que compositeur et DJ. Il est notamment le cerveau derrière le projet de musique dance Hotel Persona, et s'investit lourdement dans la formation électronique Digital 21 + Stefan Olsdal, avec laquelle il explore des fusions entre la musique techno, les instruments à cordes classiques et l'art vidéo, publiant notamment l'album remarqué Inside en 2016.
Sa grande maîtrise technique du son en studio l'a par ailleurs très naturellement conduit à embrasser une prolifique carrière de producteur, d'arrangeur et d'ingénieur du mixage pour d'autres artistes de la scène alternative et de la pop européenne. En 2013, il s'est par exemple attelé au mixage de l'EP El Encanto de la chanteuse Lantana, produisant également plusieurs de ses titres. En 2016, il a pris les commandes de la production de La Chica Con Los Ojos Dorados et a façonné le son de l'album Canciones Para Robots Romanticos pour le célèbre groupe de musique électronique espagnol Fangoria. Toujours intensément actif au sein de Placebo et résidant principalement au Royaume-Uni (où il a d'ailleurs entrepris des démarches officielles pour obtenir la citoyenneté britannique en 2018 face aux incertitudes du Brexit), Stefan Olsdal continue, par sa rigueur et sa créativité, de repousser et de redéfinir les frontières sonores entre le rock alternatif tourmenté et la musique électronique hédoniste.
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