Rendre hommage à Curly Russell en ce jour d'anniversaire posthume, c'est ouvrir le livre d'histoire du jazz moderne et se plonger dans la fureur créative de la 52ème rue new-yorkaise des années 40. Contrebassiste incontournable de l'émergence du bebop, il a été le partenaire rythmique privilégié de légendes absolues telles que Charlie Parker, Dizzy Gillespie ou Thelonious Monk. À une époque où le jazz s'émancipait des grands orchestres de swing pour devenir une musique de petits clubs axée sur l'improvisation véloce, le rôle de la contrebasse a dû être réinventé. Russell a été l'un des premiers à pouvoir soutenir physiquement et techniquement les tempos délirants imposés par les solistes de cette nouvelle génération.
Son jeu se caractérisait par un "walking bass" d'une robustesse exceptionnelle, capable de tracer un chemin harmonique clair à travers des grilles d'accords complexes jouées à plus de 300 battements par minute. Dépourvu de toute amplification à l'époque de ses premiers enregistrements historiques, il devait posséder une force de frappe considérable à la main droite pour que l'attaque de ses cordes en boyau puisse se faire entendre au milieu de la batterie et des cuivres. Le fameux standard "Donna Lee", crédité à Miles Davis ou Charlie Parker selon les sources, a d'ailleurs été composé en utilisant la trame harmonique des accords joués par Russell sur le morceau "Indiana", prouvant l'importance capitale de ses lignes de basse dans l'écriture de cette musique.
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