Ugonna Okegwo, le sideman de la tradition (1962-)

Publié le 15 mars 2026 à 07:26

En ce 15 mars, toute la communauté de Gravebasse célèbre l'anniversaire d'un musicien exceptionnel qui fait vibrer la scène jazz new-yorkaise depuis des décennies : Ugonna Okegwo. Né le 15 mars 1962 à Londres, ce contrebassiste et compositeur souffle aujourd'hui ses soixante-quatre bougies. Connu pour son assise rythmique impeccable et son approche profondément lyrique de l'instrument, il représente l'élégance pure de la contrebasse, tout en ayant un parcours atypique et riche qui résonnera particulièrement auprès de tous les amoureux des basses fréquences et de la lutherie.

Les racines d'Ugonna Okegwo sont à l'image de ses futures explorations musicales : plurielles et métissées. Fils d'une mère allemande, Christel Katharina Lulf, et d'un père nigérian, Madueke Benedict Okegwo, il quitte très tôt son Angleterre natale. Dès 1963, sa famille s'installe à Münster, en Allemagne, où il passe toute sa jeunesse. C'est durant ces années de formation qu'il découvre la richesse de la musique afro-américaine. Bercé par les grooves irrésistibles de James Brown, l'énergie brute de Jimi Hendrix, et les fulgurances jazz de Miles Davis et Ornette Coleman, il se tourne tout naturellement, dans un premier temps, vers la basse électrique. C'est par cet instrument qu'il commence à forger son oreille et son sens du rythme, avant de faire une rencontre déterminante avec l'œuvre du légendaire Charles Mingus, qui va peu à peu orienter sa trajectoire de musicien.

Pour les passionnés d'instruments qui nous lisent, le point de bascule dans la carrière d'Ugonna Okegwo est particulièrement fascinant. Alors qu'il aimait le travail manuel depuis son plus jeune âge, il décide, à vingt-et-un ans, de suivre des cours de lutherie, et plus spécifiquement de fabrication de violons. Cette immersion totale dans l'artisanat du bois, la résonance des caisses et la mécanique des instruments à cordes frottées agit comme un véritable révélateur. C'est à ce moment précis qu'il délaisse la basse électrique pour se consacrer pleinement et rigoureusement à la contrebasse. Cette transition tardive témoigne d'une connexion profonde et charnelle non seulement avec la musique, mais aussi avec la dimension physique, presque architecturale, de l'instrument acoustique.

Installé par la suite au cœur bouillonnant de New York, Ugonna Okegwo s'impose rapidement comme l'un des sidemen les plus prisés et les plus fiables de sa génération. La liste des musiciens ayant fait appel à ses services pour ancrer leur section rythmique donne tout simplement le vertige. Il a partagé la scène et les sessions de studio avec des géants absolus tels que Kenny Barron, Michael Brecker, Benny Carter, Johnny Griffin, Wynton Marsalis, Pharoah Sanders ou encore Clark Terry. Son travail de l'ombre, fondamental dans la grande tradition du jazz, se retrouve également dans d'innombrables formations contemporaines. On l'entend ainsi soutenir avec brio le guitariste Roni Ben-Hur, dialoguer avec le pianiste Peter Zak, ou encore s'aventurer sur des terrains fusionnant standards de jazz, rock et funk avec le guitariste Oz Noy et le batteur Ray Marchica sur des projets audacieux comme l'album Riverside.

Loin de se cantonner au rôle d'accompagnateur infaillible, Ugonna Okegwo a également brillé en tant que leader et compositeur visionnaire. En 2002, il emmène son propre quartet en Europe et immortalise cette formation avec l'album Uoniverse, un disque chaleureusement salué par la critique internationale. Sur cet enregistrement, le bassiste dévoile toute l'étendue de sa palette créative. Il y fusionne des standards brillamment réarrangés avec des compositions personnelles qui puisent avec une aisance déconcertante dans le vocabulaire du jazz, les polyrythmies africaines, la dynamique du funk et même la rigueur de la musique classique. Son jeu sur cet album se caractérise par une articulation d'une clarté redoutable, un son acoustique boisé, profond et chaleureux, ainsi qu'une capacité innée à faire rebondir le tempo avec une fluidité majestueuse.

Aujourd'hui, son héritage ne se limite plus seulement aux scènes et aux disques, il se transmet également au quotidien par l'enseignement. Professeur respecté et dévoué, Ugonna Okegwo partage son immense savoir, sa technique irréprochable et sa philosophie du groove avec la nouvelle génération de musiciens au sein du prestigieux programme d'études jazz de la Juilliard School à New York, ainsi qu'à l'Université de Columbia. Joyeux anniversaire au maestro des graves.

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