En ce 10 mars 2026, toute l'équipe de gravebasse.com est fière de célébrer un cap symbolique pour une figure monumentale du rock japonais : le cinquantième anniversaire de Tadashi Matsuura, mondialement vénéré sous son nom de scène, Kisaki. S'il y a des bassistes qui se contentent de soutenir le rythme dans l'ombre des projecteurs, Kisaki a choisi une toute autre voie. Il n'est pas seulement un instrumentiste au charisme sombre et théâtral ; il est un véritable architecte sonore, un producteur visionnaire et l'un des piliers fondateurs de la scène visual kei moderne. À travers des décennies de carrière, des dizaines de formations et la création de labels indépendants légendaires, Kisaki a prouvé que la basse pouvait être le centre névralgique autour duquel gravite toute une industrie musicale.
L'histoire de Tadashi Matsuura débute dans la préfecture de Wakayama, où le jeune garçon, initialement passionné par le football et la pêche, découvre la musique à la fin du collège. C'est l'invitation d'un ami batteur qui le pousse pour la première fois à empoigner une guitare basse. Le véritable déclic visuel et musical survient lorsqu'il est foudroyé par l'esthétique et l'énergie de X Japan, en particulier par Yoshiki et Hide. Fasciné, il se laisse pousser les cheveux, s'initie au maquillage théâtral et plonge corps et âme dans ce qui deviendra sa raison de vivre. Face aux inquiétudes de ses parents, il fait le pari audacieux de quitter sa région natale pour s'installer seul à Osaka, leur promettant de trouver un emploi ordinaire s'il ne rencontrait pas le succès avant l'âge de vingt-cinq ans. Ce sens de l'urgence et cette ambition dévorante vont façonner un bourreau de travail acharné.
Sur le plan strictement musical, Kisaki s'est très vite imposé comme un bassiste capable d'insuffler une âme gothique et tourmentée à ses compositions. Dès le milieu des années 1990, il fait ses armes et marque les esprits au sein de La:Sadie's, une formation séminale dont les autres membres fonderont plus tard le mythique groupe Dir En Grey. Refusant de s'arrêter en si bon chemin, Kisaki enchaîne les projets en tant que leader et bassiste, fondant successivement Mirage, Syndrome, puis l'incontournable Phantasmagoria dans les années 2000. Son jeu de basse, souvent exécuté au médiator pour garantir une attaque franche et agressive, se caractérise par des lignes hautement mélodiques qui ne se contentent jamais de suivre bêtement la grosse caisse. Chez Kisaki, la basse chante, tisse des contre-mélodies dramatiques et instaure cette lourdeur mélancolique si chère au visual kei.
Pour les aficionados de matériel qui parcourent les colonnes de gravebasse.com, l'approche sonore de Kisaki est un cas d'école de l'esthétique japonaise. Fidèle à la démesure de son mouvement musical, il a souvent arboré des instruments aux lutheries extrêmes, notamment des basses de la marque ESP, taillées sur mesure avec des formes acérées évoquant des armes ou des artefacts occultes. Sonoritairement, il privilégie une égalisation creusée dans les bas-médiums avec des aigus tranchants, permettant à ses lignes de percer aisément à travers les murs de guitares saturées et les nappes de synthétiseurs grandiloquents typiques de ses productions. Il a su créer une signature sonore où la basse gronde avec une clarté redoutable, prouvant que l'on peut allier esthétique extravagante et précision redoutable.
Cependant, résumer Kisaki à son seul instrument serait amputer sa légende de sa dimension la plus impressionnante. En véritable entrepreneur, il a compris très tôt que pour préserver son intégrité artistique, il devait contrôler les moyens de production. C'est ainsi qu'il fonde le label Matina, puis le légendaire Under Code Production. En tant que producteur et dénicheur de talents, il a lancé et couvé des groupes qui sont devenus de véritables institutions, à l'instar de Vidoll ou 12012. Même lorsqu'il annonçait se retirer de la scène en tant que musicien actif pour se consacrer aux affaires, l'appel des graves finissait toujours par le rattraper, le poussant à revenir sous les projecteurs avec des projets comme Lin ou son aventure solo KISAKI PROJECT, prouvant son amour inaltérable pour la composition.
Aujourd'hui, à cinquante ans, Tadashi Matsuura observe un empire musical qu'il a largement contribué à bâtir. Malgré une carrière jalonnée de séparations de groupes, de controverses et de résurrections inattendues, son héritage reste absolument intact. Pour la communauté des bassistes et les amateurs de musiques sombres, Kisaki incarne la figure fascinante de l'artiste total : un bassiste qui, depuis son ampli, a su diriger des carrières, dicter des tendances esthétiques et écrire certaines des pages les plus intenses de l'histoire du rock alternatif japonais.
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