En ce 7 mars, la communauté du rock français célèbrent l'anniversaire d'une icône. Corine Marienneau, qui souffle aujourd'hui ses soixante-quatorze bougies, n'est pas seulement la bassiste du plus grand groupe de rock que la France ait jamais connu. Elle est une pionnière, une inspiration et la preuve vivante qu'une ligne de basse solide, jouée avec conviction, est le véritable cœur battant de toute grande chanson rock. Pour GraveBasse, il était impensable de ne pas rendre un hommage appuyé et détaillé à celle qui a fait vibrer les murs de milliers de chambres d'adolescents et les plus grandes scènes d'Europe.
L'histoire de Corine avec la musique, et plus particulièrement avec la basse, n'était pourtant pas tracée d'avance. Née à Paris en 1952, elle se destinait d'abord à la danse, puis à diverses activités artistiques, avant que le destin ne place une quatre cordes entre ses mains dans les années soixante-dix. C'est sa rencontre avec Louis Bertignac qui va catalyser cette vocation. Alors que la scène musicale française cherche son identité entre la variété et les balbutiements du punk, Corine s'empare de la basse avec une approche viscérale. Elle ne cherche pas la démonstration technique stérile, mais l'efficacité, le groove et la puissance. Cet apprentissage sur le tas, guidé par l'instinct et l'amour du rock anglo-saxon, va forger un style d'une redoutable efficacité.
La formation de Téléphone en 1976 marque le début d'une aventure qui va bouleverser le paysage musical francophone. Au sein du quatuor, entourée de Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka, Corine Marienneau trouve sa place instantanément. Sa mission est cruciale : faire le pont entre la frappe explosive et souvent imprévisible de Kolinka et les envolées guitaristiques des deux frontmen. Elle devient l'ancre du groupe. Sur des hymnes intemporels comme "La Bombe Humaine", "Argent trop cher" ou "Un autre monde", ses lignes de basse sont immédiatement reconnaissables. Elles soutiennent l'harmonie tout en propulsant le rythme avec une énergie brute, démontrant une compréhension parfaite de ce que nécessite une chanson pour devenir un tube rock.
Sur le plan du son et du matériel de prédilection, Corine Marienneau a rapidement compris l'importance de s'armer lourdement pour exister dans un mix rock très dense. Son image reste indissociable de la légendaire Fender Precision Bass, souvent un modèle du début des années soixante, qu'elle maniait avec une assurance féroce. Jouée majoritairement au médiator, sa Precision délivrait cette attaque tranchante, ces médiums grognants et cette rondeur chaleureuse caractéristiques des grands disques de rock. Branchée dans des amplificateurs Ampeg SVT massifs, elle sculptait un mur de son capable de rivaliser avec les amplis guitare poussés à fond de ses acolytes. Ce choix de matériel, simple mais d'une qualité redoutable, prouve son attachement à la pureté du son rock vintage.
Au-delà de son talent d'instrumentiste, la figure de Corine Marienneau a eu un impact sociologique majeur. Dans une industrie musicale et un milieu rock des années soixante-dix et quatre-vingt profondément dominés par les hommes, elle s'est imposée avec un charisme naturel, sans jamais jouer la carte de la séduction facile, mais en imposant le respect par son talent, son endurance et sa créativité. Elle a ouvert la voie à des générations de jeunes filles qui ont compris, en la regardant tenir le tempo sur la scène de la Fête de l'Huma ou au Zénith, que la guitare basse leur appartenait tout autant. Elle n'était pas "la fille du groupe", elle était le pilier rythmique d'une machine de guerre appelée Téléphone.
Après la séparation douloureuse du groupe en 1986, Corine a continué d'explorer son art sous d'autres formes. Elle s'est illustrée au cinéma, a collaboré avec d'autres artistes et a sorti un album solo éponyme en 2002, très personnel, où elle dévoilait des talents d'auteure-compositrice-interprète jusqu'alors restés dans l'ombre. La publication de son autobiographie poignante, "Le Fil du temps", en 2006, a également permis de lever le voile sur les coulisses parfois sombres du succès de Téléphone, confirmant son besoin d'authenticité et de vérité. Bien que les reformations ultérieures de ses anciens camarades se soient faites sans elle, son héritage reste intact et fondamentalement lié à la légende originelle.
Aujourd'hui, sur GraveBasse, nous tenons à saluer la musicienne, la pionnière et la femme de caractère. L'empreinte rythmique qu'elle a laissée sur la bande-son de la France est indélébile. En ce jour de célébration, la meilleure façon de lui rendre hommage est de brancher sa propre basse, d'attraper un médiator, de caler le son sur le micro d'une bonne Precision, et de jouer à plein volume la ligne hypnotique de "New York avec toi". Bon anniversaire, Madame Marienneau, et merci pour le groove, l'énergie et l'inspiration.
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