John Giblin, Hommage au magicien de la fretless (1952-2023)

Publié le 26 février 2026 à 05:17

Aujourd'hui, 26 février 2026, la rédaction de GraveBasse prend le temps de se recueillir et d'honorer la mémoire d'un titan de notre instrument. S'il ne nous avait pas quittés le 14 mai 2023, emportant avec lui une part de la magie des studios britanniques, l'immense John Giblin aurait soufflé ses soixante-quatorze bougies. Musicien écossais d'une polyvalence rare, il fut l'un des bassistes de session les plus prolifiques et les plus respectés des quatre dernières décennies. Bien que son visage soit resté relativement méconnu du grand public, ses lignes de basse sont profondément gravées dans l'inconscient collectif, tissant la trame harmonique de chefs-d'œuvre de la pop, du rock, du jazz-fusion et de l'avant-garde.

Né en 1952 à Bellshill, dans le North Lanarkshire, John Giblin a très tôt développé une approche musicale où la sensibilité primait sur la simple démonstration de force. Son entrée remarquée dans la cour des grands s'est faite par la grande porte du jazz-fusion à la fin des années soixante-dix, lorsqu'il a intégré les rangs du groupe Brand X. Remplacer un bassiste dans une formation où la virtuosité est la norme absolue, le tout aux côtés d'un batteur du calibre de Phil Collins, exigeait une solidité technique à toute épreuve. Giblin y a prouvé sa capacité à naviguer dans des métriques complexes avec une fluidité déconcertante, posant les jalons d'une réputation d'excellence qui n'allait plus jamais le quitter.

C'est cependant dans le foisonnement créatif de la pop et de l'art-rock des années quatre-vingt que le génie de John Giblin s'est véritablement cristallisé, notamment grâce à son utilisation magistrale de la basse fretless. Entre ses mains, cet instrument réputé exigeant devenait une seconde voix humaine, capable de glissandos vertigineux, de mélancolie profonde et d'une élasticité rythmique incomparable. Sa collaboration avec Kate Bush demeure à cet égard l'une des pages les plus fascinantes de l'histoire de la basse moderne. Dès l'album "Never for Ever", et de manière éclatante sur des titres comme "Babooshka", Giblin a imposé un son chaud, lyrique et incroyablement expressif. Sa capacité à dialoguer avec les compositions si particulières de la chanteuse a fait de lui un collaborateur récurrent jusqu'à son ultime série de concerts, "Before the Dawn", en 2014.

Parallèlement à son travail avec Kate Bush, John Giblin a noué une complicité artistique exceptionnelle avec Peter Gabriel. Sur des albums révolutionnaires où la texture sonore était primordiale, la basse de Giblin apportait une assise à la fois ronde et mystérieuse. Gabriel lui-même louait sa chaleur humaine, sa curiosité insatiable et sa facilité déconcertante à passer d'une approche musicale à une autre. Que ce soit pour insuffler un groove implacable ou pour créer des nappes d'harmoniques naturelles presque spectrales, Giblin possédait ce talent rare de savoir exactement ce dont une chanson avait besoin, privilégiant systématiquement l'émotion à l'ego.

Loin de se cantonner aux atmosphères feutrées des studios ou aux expérimentations avant-gardistes, le bassiste écossais a également prouvé qu'il pouvait faire trembler les fondations des plus grands stades de la planète. Au milieu des années quatre-vingt, il rejoint le groupe Simple Minds en remplacement de Derek Forbes. Sa première apparition avec la formation n'est autre que le mythique concert du Live Aid à Philadelphie en 1985. Il participe ensuite à l'enregistrement de l'album "Once Upon a Time" et à la gigantesque tournée mondiale qui a suivi. Dans ce contexte de rock épique et puissant, Giblin a su adapter son jeu, délaissant temporairement les subtilités de la fretless pour un son direct, massif et redoutablement efficace au médiator ou aux doigts, prouvant qu'il maîtrisait tous les langages de la basse électrique.

En ce jour de commémoration posthume, nous nous souvenons non seulement du musicien aux centaines de crédits prestigieux, allant de Scott Walker à Annie Lennox en passant par Sting et John Martyn, mais aussi de l'artisan passionné. John Giblin était réputé pour sa quête perpétuelle du son parfait, n'hésitant jamais à modifier ses instruments en profondeur pour obtenir la résonance exacte qu'il avait en tête. Son héritage vibre encore.

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