Aujourd'hui, en ce 13 février, le monde des fréquences graves célèbre l'anniversaire d'une figure monumentale, bien que trop souvent sous-estimée, de l'histoire du hard rock et du heavy metal : le bassiste australien Robert John Daisley. Véritable pilier rythmique et créatif, Bob Daisley n'est pas seulement un instrumentiste d'exception ; il est le compositeur et le parolier secret derrière certains des plus grands hymnes du rock. Plongeons dans la carrière d'un musicien dont l'empreinte résonne dans chaque note qu'il a touchée.
Les Racines Australiennes et le Grand Saut vers Londres
Né le 13 février 1950 à Sydney, en Australie, Bob Daisley se passionne très tôt pour la musique. Il fait ses premières armes dans des groupes locaux avant de réaliser que, pour percer dans le rock à cette époque, il faut se trouver au cœur de l'effervescence musicale. Au début des années 1970, il prend la décision audacieuse de s'envoler pour Londres. Ce déménagement marque le véritable point de départ de son ascension. Très vite, son talent brut, son jeu au médiator précis et son sens de la mélodie lui ouvrent les portes de formations britanniques respectables. Il aiguise son art au sein de groupes comme Chicken Shack ou encore Mungo Jerry, prouvant sa capacité à s'adapter à des styles blues et rock variés. Plus tard, il forme Widowmaker, un groupe qui lui permet de se faire remarquer par les poids lourds de l'industrie.
L'Épopée Rainbow et la Rencontre avec les Légendes
L'année 1977 marque un tournant décisif dans la carrière de Bob Daisley lorsqu'il est recruté par le légendaire guitariste Ritchie Blackmore pour rejoindre Rainbow. Remplaçant Jimmy Bain, Daisley participe à l'enregistrement du cultissime album Long Live Rock 'n' Roll. Au sein de cette formation, il partage la scène et le studio avec des monstres sacrés tels que le regretté batteur Cozy Powell et l'incomparable chanteur Ronnie James Dio. Le jeu de Daisley sur cet album est un modèle du genre : il soutient magistralement la virtuosité de Blackmore tout en apportant un groove lourd et entraînant. Cette expérience au plus haut niveau forge sa réputation de musicien fiable, créatif et taillé pour le heavy metal naissant.
La Résurrection d'Ozzy Osbourne : L'Âge d'Or et les Controverses
Le chapitre le plus marquant, et paradoxalement le plus frustrant, de la vie musicale de Bob Daisley s'écrit à l'aube des années 1980. Après avoir été remercié par Ozzy Osbourne de Black Sabbath, ce dernier, au fond du gouffre, cherche à former un nouveau groupe. Bob Daisley devient l'un des membres fondateurs du projet initialement pensé comme un véritable groupe : le Blizzard of Ozz. Aux côtés du prodige de la guitare Randy Rhoads et du batteur Lee Kerslake, Daisley accomplit un travail colossal. Il ne se contente pas de composer des lignes de basse inoubliables ; il écrit l'immense majorité des paroles, trouve les mélodies vocales et structure les morceaux des albums fondateurs Blizzard of Ozz et Diary of a Madman.
La contribution de Daisley va bien au-delà de son instrument. Ses textes, souvent introspectifs ou critiques, apportent une profondeur inattendue à l'image grand-guignolesque d'Ozzy Osbourne, créant ainsi un contraste fascinant qui fera le succès planétaire de ces œuvres.
Malheureusement, la section rythmique originelle, composée de Daisley et Kerslake, est licenciée avant même la sortie du deuxième album. S'ensuivra une longue bataille juridique et artistique pour la reconnaissance de leurs droits d'auteurs et de leurs crédits de performance. Malgré ces litiges historiques et l'effacement de son nom sur certaines rééditions, l'histoire a fini par rendre justice à Bob Daisley, confirmant son rôle de co-créateur indispensable dans la légende d'Ozzy.
Un Mercenaire de Luxe au Service du Groove
Loin de se laisser abattre par les péripéties judiciaires, Bob Daisley poursuit une carrière étincelante en tant que bassiste de session et membre permanent de multiples formations prestigieuses. Il rejoint Uriah Heep pour les albums Abominog et Head First, insufflant une nouvelle énergie à ce groupe historique. Son chemin croise également celui de la légende de la guitare Gary Moore, avec qui il collabore longuement, explorant des territoires allant du hard rock au blues poisseux sur des albums acclamés. Il travaille aussi brièvement avec Black Sabbath sur l'album The Eternal Idol, prouvant une fois de plus que les plus grands noms du genre font appel à lui lorsque la qualité et l'assise rythmique sont non négociables.
Le Son et l'Approche : Une Leçon pour les Bassistes
Sur le plan purement technique et sonore, Bob Daisley est un modèle à étudier pour tout passionné de l'instrument. Son jeu, majoritairement exécuté au médiator, se caractérise par une attaque franche et une sonorité agressive qui perce le mix, sans jamais empiéter sur l'espace des guitares. Contrairement à une approche purement binaire, ses lignes regorgent de contre-mélodies intelligentes, de notes de passage subtiles et de variations harmoniques qui enrichissent considérablement les compositions. Côté matériel, bien qu'il ait utilisé de nombreuses basses au cours de sa carrière, on l'associe souvent à ses célèbres Gibson EB-3 modifiées ou à ses Fender Precision, branchées dans des amplifications Marshall survitaminées pour obtenir ce grain si distinctif des années 80.
Un Héritage Ineffaçable
Aujourd'hui, Bob Daisley célèbre une année de plus d'une vie riche en musique, en combats et en triomphes. Pour la communauté des bassistes, il incarne l'importance cruciale de notre instrument et de notre rôle, souvent relégué au fond de la scène. Il a prouvé qu'un bassiste pouvait être le cerveau, la plume et le cœur battant d'un projet musical de portée mondiale. En écoutant des titres comme Crazy Train ou Mr. Crowley, c'est autant le génie de Randy Rhoads que l'esprit créatif de Bob Daisley que l'on entend.
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