Alan Lancaster, le marteau de Status Quo (1949-2021)

Publié le 7 février 2026 à 06:37

En ce 7 février, le monde de la basse rock célèbre l'anniversaire de la naissance d'une véritable force de la nature. Alan Lancaster, membre fondateur et bassiste originel de Status Quo, aurait soufflé ses bougies aujourd'hui. Pour nous, bassistes, revenir sur sa carrière n'est pas seulement un exercice de nostalgie, c'est une étude fondamentale de ce que signifie tenir la baraque dans un groupe de rock pur et dur. Si Francis Rossi et Rick Parfitt étaient les visages du groupe, Lancaster en était indubitablement le moteur, celui qui a transformé un groupe de pop psychédélique en une machine de guerre du boogie rock.

Les racines d'un son lourd

Né le 7 février 1949 à Peckham, dans le sud de Londres, Alan Charles Lancaster rencontre Francis Rossi sur les bancs de l'école Sedgehill Comprehensive. Cette amitié précoce scelle le destin du rock britannique. Ce qui commence comme un orchestre scolaire avec des trompettes évolue rapidement vers le rock'n'roll sous le nom de The Scorpions, puis The Spectres, avant de devenir le Status Quo que l'on connaît. Si les premières années sont marquées par le succès psychédélique de "Pictures of Matchstick Men", c'est au tournant des années 70 que Lancaster impose sa vision. Il est celui qui pousse le groupe à abandonner les chemises à jabot pour le denim et le cuir, insistant pour que leur musique devienne plus lourde, plus bluesy et plus directe. C'est cette transition qui permettra au groupe de trouver son identité unique.

Une approche technique au service de l'efficacité

Pour les lecteurs de Gravebasse, il est essentiel d'analyser le jeu de Lancaster, car il représente l'archétype du bassiste de hard rock efficace. Contrairement à certains de ses contemporains qui cherchaient à transformer la basse en instrument soliste, Alan Lancaster comprenait que la puissance du "Quo" résidait dans l'interlock rythmique. Il jouait presque exclusivement au médiator, avec une attaque franche et agressive. Sa technique de main droite privilégiait un "downpicking" (coups vers le bas) incessant, créant ce mur de son compact qui soutenait les riffs entrelacés des deux guitares.

Son équipement a évolué, mais l'image qui reste gravée dans les mémoires est celle de sa fidèle Fender Mustang Bass des débuts, rapidement remplacée par la Fender Precision Bass, l'outil de travail par excellence du rockeur. Il branchait souvent ses instruments dans des amplificateurs Marshall, cherchant un son grondant, riche en médiums, capable de percer le mix sans jamais empiéter sur les fréquences des guitares. Ce son "clanky", légèrement saturé, est devenu une référence pour quiconque souhaite jouer du boogie rock. Il ne s'agissait pas de faire des fioritures, mais de marteler la fondamentale avec une précision métronomique et une attitude féroce.

La voix du rock

On oublie trop souvent qu'Alan Lancaster n'était pas seulement un bassiste, mais aussi un vocaliste redoutable. Sa voix, plus brute et rugueuse que celle de Rossi, apportait une texture nécessaire aux morceaux les plus hard du groupe. C'est lui qui prenait le micro sur des hymnes comme "Backwater" ou "High Flyer", et surtout lors des prestations live incendiaires où il chantait souvent "Roadhouse Blues". Cette dualité basse-chant faisait de lui un pilier central de la formation connue sous le nom de "The Frantic Four" (avec Rossi, Parfitt et le batteur John Coghlan), considérée par les puristes comme l'âge d'or indépassable de Status Quo.

La rupture et l'exil

L'histoire de Lancaster est aussi celle d'une intégrité artistique farouche. Le milieu des années 80 marque un tournant douloureux. Alors que le groupe s'oriente vers une pop plus légère et synthétique, Lancaster s'oppose vivement à cette direction, estimant qu'elle trahit l'essence même du groupe. Sa dernière apparition majeure avec le groupe lors du Live Aid en 1985 est paradoxale : un triomphe public sur fond de tensions internes irréparables. Les conflits artistiques se transforment en batailles juridiques, et Lancaster finit par quitter le navire pour s'installer définitivement en Australie.

Là-bas, loin de prendre sa retraite, il continue de faire rugir sa basse. Il forme The Party Boys, un supergroupe avec lequel il connaît le succès, puis The Bombers. Même à l'autre bout du monde, il garde cette approche sans concession de la musique : du rock fort, joué par des musiciens qui transpirent sur scène.

Les retrouvailles et l'héritage

Le destin a finalement offert aux fans une conclusion digne de ce nom. En 2013 et 2014, mettant de côté des décennies d'acrimonie, le line-up original des "Frantic Four" se reforme pour une série de tournées au Royaume-Uni et en Europe. Malgré une santé déclinante due à la sclérose en plaques, Alan Lancaster remonte sur scène. Voir cet homme, affaibli physiquement mais le regard toujours aussi perçant, attaquer les cordes de sa basse avec la même ferveur qu'à vingt ans, fut un moment d'une émotion intense pour la communauté rock. Il a prouvé que le groove n'est pas dans les muscles, mais dans l'âme.

Alan Lancaster nous a quittés le 26 septembre 2021, mais en cet anniversaire de sa naissance, son héritage résonne plus fort que jamais. Il nous rappelle que la basse n'est pas là pour faire de la figuration. Elle est la fondation, le ciment et, dans le cas du Status Quo de la grande époque, le marteau-piqueur qui a fait bouger des millions de têtes. Pour tout bassiste qui se respecte, écouter l'album Live! de 1977 reste une leçon magistrale d'endurance et de puissance. Bon anniversaire, Alan, et merci pour le boogie.

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