Rick Laird, fondateur du Mahavishnu Orchestra (1941-2021)

Publié le 5 février 2026 à 05:55

En ce 5 février, le monde de la basse célèbre la naissance de Richard Quentin Laird, plus connu sous le nom de Rick Laird. Né en 1941 à Dublin, ce musicien au parcours singulier reste une figure incontournable, bien que souvent sous-estimée, de l'histoire de la guitare basse. Si son nom est éternellement lié à l'incandescence du Mahavishnu Orchestra, sa carrière offre une perspective fascinante sur l'évolution du rôle du bassiste, passant du contrebasse jazz traditionnel à l'électricité débridée du fusion des années 70.

Des clubs de jazz londoniens à la scène internationale

Avant de devenir une icône du jazz-rock, Rick Laird a forgé son identité musicale dans la plus pure tradition du jazz. Après avoir passé une partie de sa jeunesse en Nouvelle-Zélande, il s'installe à Londres au début des années 60. C'est là qu'il parfait son éducation musicale, non pas sur une basse électrique, mais sur une contrebasse. Il devient rapidement le bassiste résident du légendaire Ronnie Scott’s Jazz Club. Cette position privilégiée lui permet d'accompagner des géants de passage en Europe tels que le guitariste Wes Montgomery, le saxophoniste Sonny Rollins ou encore Ben Webster.

Cette période est cruciale pour comprendre le style de Laird. Contrairement à beaucoup de bassistes de fusion qui ont abordé l'instrument avec une mentalité de guitariste ou de funk, Laird possédait une assise harmonique et rythmique profondément ancrée dans le jazz acoustique. Son jeu se caractérisait par une lecture précise des grilles harmoniques et un sens du swing infaillible. C’est cette rigueur académique qui lui permit, par la suite, d’obtenir une bourse pour étudier au Berklee College of Music de Boston, marquant son grand saut vers les États-Unis.

La révolution Mahavishnu Orchestra

L'histoire retient surtout Rick Laird pour sa participation à la première incarnation du Mahavishnu Orchestra, de 1971 à 1973. Recruté par John McLaughlin, Laird se retrouve propulsé au cœur d'un ouragan sonore aux côtés du batteur Billy Cobham, du claviériste Jan Hammer et du violoniste Jerry Goodman. Dans ce quintet virtuose où chaque instrumentiste semblait lutter pour l'espace sonore avec une férocité technique inouïe, le rôle de Laird était sans doute le plus difficile et le plus ingrat.

Alors que Cobham et McLaughlin exploraient des polyrythmies complexes et des tempos vertigineux, Laird avait la lourde responsabilité de maintenir la cohésion de l'ensemble. Il délaissa alors la contrebasse pour la basse électrique, adoptant un son tranchant et solide capable de percer le mur du son érigé par ses collègues. Sur des albums fondateurs comme The Inner Mounting Flame et Birds of Fire, il ne cherche pas la démonstration technique gratuite. Il agit comme le pivot central, l'ancre qui empêche le navire de dériver dans le chaos total. Sa ligne de basse sur des morceaux comme "Vital Transformation" démontre une capacité à groover en 9/8 avec une fluidité déconcertante, prouvant que la complexité peut rimer avec musicalité.

Une approche technique au service de la musique

L'approche instrumentale de Rick Laird au sein du Mahavishnu Orchestra offre une leçon précieuse pour tout bassiste moderne. Il a compris que dans un contexte de haute densité instrumentale, la basse doit souvent sacrifier la complexité mélodique au profit de la solidité rythmique et de la clarté des fondamentales. Il utilisait souvent une Fender Precision Bass modifiée ou une basse customisée, cherchant un son direct, avec peu d'effets, pour asseoir les fréquences basses face aux synthétiseurs saturés de Jan Hammer.

Cependant, réduire Laird à un simple accompagnateur serait une erreur. Son album solo sorti après la dissolution du groupe, Soft Focus (1979), révèle une sensibilité de compositeur et un lyrisme que le fracas du Mahavishnu ne lui permettait pas toujours d'exprimer. Il y collabore avec le saxophoniste Joe Henderson et le pianiste Tom Grant, revenant à une esthétique plus proche du jazz acoustique et du cool jazz, démontrant l'étendue de sa palette musicale.

L'après-musique et l'héritage visuel

La trajectoire de Rick Laird est également unique par sa décision radicale de quitter l'industrie musicale au début des années 80. Lassé des tournées incessantes et des pressions du business, il se tourne vers sa deuxième passion : la photographie. Il devient un photographe d'art reconnu, documentant notamment la scène jazz qu'il connaissait si bien de l'intérieur. Ses clichés de Miles Davis, Keith Jarrett ou de ses anciens compères du Mahavishnu possèdent une intimité rare, capturée par un œil qui comprenait le langage des musiciens.

Il a également consacré une partie de sa vie à l'enseignement de la basse, publiant des méthodes pédagogiques et donnant des cours privés. Cette transmission du savoir soulignait son désir de partager les fondements théoriques et pratiques qu'il avait lui-même maîtrisés à Londres et à Boston.

Rick Laird nous a quittés en juillet 2021, mais son empreinte sur la basse électrique demeure indélébile. En cet anniversaire de sa naissance, il est essentiel de se souvenir de lui non seulement comme le bassiste d'un groupe mythique, mais comme un musicien complet qui a su naviguer entre tradition et avant-garde. Il incarne l'élégance de la retenue, prouvant que la véritable virtuosité réside parfois dans la capacité à écouter les autres et à servir la musique avant de servir son ego. Pour nous, bassistes, Rick Laird reste le modèle de l'accompagnateur intelligent, celui sans qui l'édifice s'effondre.

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