Pour célébrer l'anniversaire de ce pilier du metal moderne, né un 1er février, plongeons dans le parcours, le matériel et l'empreinte sonore de Johny Chow. De ses racines hardcore à Buffalo jusqu'aux scènes mondiales avec Stone Sour et Cavalera Conspiracy, portrait d'un bassiste qui a su redéfinir la place du "low end" dans le mix.
Dans l'univers souvent saturé du metal alternatif, peu de bassistes réussissent à allier une présence scénique aussi imposante à une précision technique aussi chirurgicale que Johny Chow. Né John Mark Bechtel le 1er février 1972 à Buffalo, dans l'État de New York, celui que l'on connaît désormais sous le nom de scène Johny Chow a traversé les décennies en s'imposant comme une force tranquille, mais dévastatrice, au sein de formations légendaires. Alors qu'il fête son anniversaire, c'est l'occasion idéale pour les lecteurs de gravebasse.com d'analyser non seulement sa carrière, mais surtout l'arsenal sonique très particulier qu'il a développé pour sculpter ses fréquences basses.
Des clubs de Buffalo aux stades internationaux
L'histoire musicale de Johny Chow s'ancre profondément dans la scène underground de Buffalo. Avant de devenir le mercenaire de luxe que l'on connaît, il a forgé son identité musicale dans le creuset du hardcore et du metal new-yorkais. Ses premières années sont marquées par une activité intense au sein de groupes comme Systematic ou Fireball Ministry. C'est avec ces derniers qu'il commence à se faire un nom, développant un jeu au médiator agressif et une attitude rock'n'roll sans concession. Cependant, c'est véritablement son intégration dans la "famille" Sepultura/Soulfly qui va propulser sa carrière à un autre niveau.
Lorsque Max et Iggor Cavalera décident de se réunir pour former Cavalera Conspiracy, ils font appel à Chow pour tenir la baraque. Sa capacité à suivre les rythmiques tribales et thrash des frères Cavalera, notamment sur l'album Blunt Force Trauma et lors des tournées Inflikted, prouve qu'il est capable de tenir tête aux riffs les plus rapides du genre. Cette expérience lui servira de tremplin pour rejoindre Stone Sour en 2012, d'abord comme musicien de tournée pour le cycle House of Gold & Bones, avant de devenir membre permanent et de participer activement à la composition et l'enregistrement de l'album Hydrograd en 2017. Ce disque marquera un tournant, révélant un bassiste capable de nuances hard rock plus classiques tout en conservant sa lourdeur caractéristique.
L'Alchimie du Matériel : Une approche "Sans Ampli" Révolutionnaire
Pour les passionnés de matériel qui lisent ce blog, c'est ici que l'approche de Johny Chow devient fascinante. Contrairement à la vieille école qui ne jure que par des murs d'amplis 8x10, Chow a été l'un des précurseurs dans l'adoption de configurations hybrides et souvent "ampli-less" (sans ampli) sur scène, privilégiant la propreté du signal direct.
Pendant longtemps associé à ESP, Chow a opéré un virage significatif en devenant un artiste Warwick. Son instrument de prédilection est devenu la Warwick Streamer Stage II Custom Shop. Ce choix n'est pas anodin : il recherche la densité et le "growl" (le grognement) typiques des bois exotiques comme le Bubinga et l'Afzelia utilisés par la marque allemande. Ces basses, souvent équipées de manches traversants, lui offrent le sustain nécessaire pour les accordages très bas (Drop C ou Drop B) qu'il utilise fréquemment avec Stone Sour. Plus récemment, il a également expérimenté avec des configurations de bois plus traditionnelles, comme le frêne des marais (Swamp Ash) avec touche érable, pour retrouver une attaque plus percutante rappelant les sonorités classiques de la Precision Bass, mais avec l'ergonomie moderne de Warwick.
Le Secret du Signal : La Bi-Amplification au Sol
Ce qui distingue véritablement le son de Johny Chow, c'est sa gestion du signal. Plutôt que de dépendre d'un amplificateur pour colorer son son sur scène, il a souvent opté pour une chaîne de traitement au sol d'une redoutable efficacité. Sa méthode consiste à diviser son signal dès le départ. Après son accordeur, le signal est scindé en deux chemins distincts via une A/B box.
Le premier chemin est généralement dédié à la distorsion et au grain. Chow est un grand utilisateur des préamplis Darkglass Electronics, notamment le Microtubes B7K et plus tard l'Alpha Omega Ultra. Ces pédales lui fournissent cette saturation moderne, tranchante et riche en harmoniques qui perce le mix sans "baver". Le second chemin, quant à lui, est souvent traité par un préampli plus propre, comme le classique SansAmp ou le MXR M80 Bass D.I., pour conserver les fréquences sub-basses et l'assise fondamentale de la note. Ces deux signaux sont envoyés séparément à la console de mixage (FOH), permettant à l'ingénieur du son de mélanger la clarté du grave et l'agressivité de la distorsion avec une précision impossible à obtenir avec une simple reprise micro devant un ampli. C'est cette technique qui donne l'impression, en concert, que la basse de Chow est partout à la fois, massive mais jamais boueuse.
Au-delà de la Musique
Il est intéressant de noter que la créativité de Johny Chow ne s'arrête pas aux quatre cordes. Sous le pseudonyme "Chow Monstro", il mène une carrière parallèle d'artiste visuel et de graphiste, créant des œuvres pop-art qui ont été exposées dans diverses galeries. Cette sensibilité artistique se reflète dans son jeu : il ne s'agit pas seulement de jouer des notes, mais de créer une texture, une couleur sonore qui complète le tableau global du groupe.
Aujourd'hui, alors qu'il célèbre une nouvelle année, Johny Chow reste une référence pour le bassiste moderne. Il incarne cette transition entre le rôle traditionnel de "soutien" et celui de véritable ingénieur de son propre timbre. Pour nous, bassistes, il rappelle que le son ne vient pas seulement des doigts, mais aussi d'une compréhension intelligente de la chaîne du signal, du bois de l'instrument jusqu'à la sortie D.I.
Joyeux anniversaire, Mr. Chow.
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