Chaque 20 janvier, on se doit de saluer la mémoire de Charles Louis Domanico, plus connu sous le nom de Chuck Domanico. Né en 1944 à Chicago, ce musicien d’exception a incarné pendant près de quarante ans l’excellence du session man californien. Sa trajectoire est celle d’un artiste qui, par sa polyvalence et sa précision, a su devenir le socle rythmique de plus de deux mille bandes originales de films et d’innombrables succès discographiques, tout en restant une figure familière et respectée des clubs de jazz de Los Angeles.
L’histoire de Domanico commence véritablement lorsqu'il quitte le Midwest pour s’installer dans la Cité des Anges au milieu des années soixante. À cette époque, la scène des studios de Hollywood est en pleine ébullition et demande des musiciens capables de naviguer avec une aisance absolue entre le jazz pur, la pop orchestrale et les exigences techniques des compositeurs de musique de film. Chuck Domanico s’impose rapidement comme l'un des rares bassistes capables de briller aussi bien sur une contrebasse acoustique que sur une basse électrique, une dualité qui deviendra sa signature et sa plus grande force de travail.
Son empreinte sonore est ancrée dans l'inconscient collectif de millions de téléspectateurs et de cinéphiles. On entend ainsi ses lignes de basse sur les thèmes iconiques de séries télévisées légendaires comme MAS*H, Cheers ou encore Frasier. Au cinéma, son nom figure au générique de productions monumentales, témoignant d'une confiance jamais démentie de la part des plus grands chefs d’orchestre et arrangeurs de l’industrie. Cette omniprésence s'explique par une approche de l'instrument centrée sur le service de la mélodie et une capacité rare à "faire chanter" la basse, quel que soit le contexte.
Au-delà des plateaux de tournage, le parcours de Domanico est marqué par des collaborations avec les plus grands noms de la chanson et du jazz. Il a ainsi soutenu la voix de Frank Sinatra, accompagné la sophistication de Barbra Streisand et apporté sa science du groove à des artistes aussi diverses que Joni Mitchell, Natalie Cole ou Carmen McRae. Sa contribution au groupe The Manhattan Transfer ou ses sessions avec Tom Scott illustrent parfaitement cette faculté de caméléon musical, capable de passer d'un swing rigoureux à des textures plus fusion ou pop-rock avec une fluidité déconcertante.
Pour les passionnés de matériel et de technique, Chuck Domanico représentait l'idéal de la sonorité organique. Qu'il utilise sa contrebasse pour des sessions de jazz intimes ou sa Precision Bass pour des enregistrements plus modernes, il recherchait toujours une profondeur de son et une clarté de définition qui permettaient à ses lignes de percer le mix sans jamais l'encombrer. Les témoignages de ses contemporains soulignent souvent la chaleur humaine qu'il insufflait dans son jeu, une qualité qui a d'ailleurs profondément marqué de jeunes loups de l'époque comme John Patitucci, qui voyait en lui un mentor et un modèle d'intégrité musicale.
Malheureusement, la carrière de ce pilier de la West Coast s’est interrompue prématurément en 2002, des suites d'un cancer du poumon, à l'âge de 58 ans. S'il n'a pas cherché la lumière des projecteurs en tant que leader, son héritage réside dans la richesse des catalogues musicaux qu'il a contribué à construire. En ce jour d'anniversaire, se replonger dans sa discographie est une invitation à redécouvrir l'importance capitale de ces musiciens de studio qui, dans l'ombre des stars, ont façonné le son d'une époque et élevé la basse au rang d'art narratif à part entière.
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