Fini le temps où choisir un format compact signifiait sacrifier la puissance de calcul ou l'ergonomie. Cette année, deux constructeurs majeurs redéfinissent les standards du "fly-rig", ce matériel capable de tenir dans la poche avant d'une housse de basse tout en assurant une prestation professionnelle en stade. D'un côté, nous avons le Neural DSP Quad Cortex Mini, réduction physique mais non spirituelle du célèbre modeleur finlandais. De l'autre, le Darkglass Electronics Anagram, une plateforme qui embrasse l'open-source et l'ADN agressif de la marque. Si les deux machines partagent un format contenu et un écran tactile généreux, leurs philosophies s'opposent radicalement.
Neural DSP Quad Cortex Mini : La puissance sans l'encombrement
Le Neural DSP Quad Cortex Mini réussit le tour de force de conserver l'attrait principal de son grand frère : l'expérience utilisateur. Là où la version "Nano" (sortie un peu plus tôt) sacrifiait l'écran pour un pilotage via smartphone, le Mini préserve ce magnifique écran tactile de 7 pouces qui a fait la renommée de la marque. La différence saute aux yeux dès la prise en main puisque le châssis a été drastiquement réduit, affichant désormais des dimensions de 22,8 par 11,8 cm. Pour le bassiste itinérant, c'est une bénédiction : l'appareil se glisse littéralement partout.
L'ergonomie repose toujours sur les fameux footswitches rotatifs, signature de Neural DSP. Sur ce modèle Mini, ils sont au nombre de quatre. Ils servent à la fois à activer les blocs d'effets et à en régler les paramètres par simple rotation. Cette fusion du contrôle au pied et à la main permet de gagner une place précieuse sur le boîtier sans perdre en fluidité de navigation. Sous le capot, la promesse est tenue : on retrouve la technologie Neural Capture qui permet de cloner vos propres amplis et pédales avec une fidélité déconcertante. Pour nous bassistes, cela signifie emporter l'âme d'un Ampeg SVT vintage ou d'une tête Mesa Boogie 400+ sans se briser le dos. L'accès au Cortex Cloud reste le point fort de l'écosystème, offrant une bibliothèque quasi infinie de "captures" partagées par une communauté mondiale hyperactive.
Sur le plan sonore, le Mini ne fait aucune concession. La qualité des convertisseurs et la dynamique de jeu sont identiques au modèle original. Les algorithmes de compression, essentiels pour la basse, sont transparents et musicaux, et les overdrives réagissent au volume de l'instrument avec un réalisme organique. C'est une machine généraliste qui excelle partout, capable de passer d'un son Motown rond et chaud à une distorsion djent ultra-moderne en une fraction de seconde.
Darkglass Electronics Anagram : L'open-source au service du groove
Face à l'approche propriétaire de Neural DSP, Darkglass Electronics propose avec l'Anagram une vision différente, plus ouverte et spécifiquement taillée pour les fréquences graves. Connue pour ses distorsions typées qui ont défini le son du métal moderne, la marque finlandaise (cousine de Neural DSP, mais distincte) livre ici son processeur le plus ambitieux. L'Anagram n'est pas seulement un multi-effets Darkglass, c'est un hub créatif propulsé par un processeur hexacœur capable de gérer des chaînes de signal d'une complexité effrayante.
La grande innovation de l'Anagram réside dans sa compatibilité native avec les technologies de modélisation open-source comme NAM (Neural Amp Modeling) et AIDA-X. Concrètement, cela signifie que vous n'êtes pas limité aux modélisations fournies par le fabricant. Vous pouvez télécharger gratuitement des milliers de profils d'amplis et de pédales créés par la communauté open-source et les charger directement dans la machine. Pour un bassiste chercheur de son, c'est un terrain de jeu illimité. De plus, Darkglass y a intégré ses propres algorithmes légendaires : les circuits du Microtubes B7K, de l'Alpha·Omega et du Vintage Ultra sont présents, modélisés avec une précision absolue par ceux-là même qui ont conçu les pédales analogiques.
L'interface physique de l'Anagram diffère de celle du QC Mini. Bien qu'il arbore également un écran tactile de 7 pouces, il sépare les fonctions : trois footswitches pour le contrôle au pied, et six potentiomètres rotatifs dédiés sur le dessus pour l'édition manuelle. Cette approche plaira aux musiciens "à l'ancienne" qui aiment avoir des boutons dédiés sous la main pour ajuster un égaliseur ou un gain à la volée sans toucher aux commutateurs de pied. La connectique est pléthorique et pensée pour le studio comme pour la scène, avec des sorties DI XLR de qualité studio, une nécessité absolue pour reprendre une basse directement dans une table de mixage.
Le Duel : Philosophie et Terrain
Choisir entre le Quad Cortex Mini et l'Anagram revient à choisir entre deux philosophies de travail. Le Quad Cortex Mini est le roi de l'intégration et de la simplicité "Apple-esque". Tout est fluide, l'interface est la plus intuitive du marché, et le système de capture propriétaire est d'une simplicité enfantine. C'est le choix de la sécurité et de l'efficacité : vous branchez, vous naviguez sur le Cloud, vous jouez. Son format légèrement plus compact et ses quatre switchs (contre trois pour l'Anagram) lui donnent un léger avantage pour ceux qui ont besoin de changer complexe de scènes en plein morceau.
L'Anagram, en revanche, s'adresse au bassiste qui veut sculpter son son avec une précision chirurgicale et qui aime l'idée de liberté offerte par le monde open-source. Le grain Darkglass est inimitable : il y a cette "niaque" dans les médiums, cette clarté dans la saturation que le QC Mini peut imiter, mais que l'Anagram possède dans son ADN. De plus, les blocs d'effets de l'Anagram (compresseurs, égaliseurs, chorus) ont été calibrés spécifiquement pour la basse, là où le QC doit satisfaire aussi bien les guitaristes que les bassistes. La gestion des fréquences sub-basses et des crossovers (mélange du signal clair et saturé) est gérée de manière plus native et intuitive sur la machine Darkglass.
En termes de tarif, le Quad Cortex Mini se positionne généralement un cran au-dessus, justifiant son prix par son écosystème logiciel extrêmement mature et sa polyvalence absolue. L'Anagram, souvent un peu plus abordable, offre un rapport qualité-prix exceptionnel pour qui cherche une station de travail dédiée à la basse.
Verdict
Si votre jeu exige une polyvalence totale, que vous passez parfois à la guitare, ou que vous voulez l'interface la plus futuriste et compacte possible, le Neural DSP Quad Cortex Mini est votre arme absolue. C'est une centrale nucléaire de poche.
Cependant, si votre cœur bat au rythme des fréquences graves, que vous êtes adepte du "Do It Yourself" numérique via NAM, et que vous cherchez ce grain moderne et perçant typique des productions actuelles, le Darkglass Electronics Anagram sera plus qu'un outil : ce sera une extension de votre instrument. Pour la première fois, les bassistes ont une machine qui ne semble pas être une version "adaptée" d'un produit pour guitariste, mais bien un vaisseau amiral conçu pour eux.
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