Ancien bassiste de Palace devenu artisan obstiné du groove analogique, William Dorey publie un album baptisé du nom d'une baie du Dorset proche de chez lui, là où il a grandi. Écrit, joué, enregistré et mixé à la maison, ou presque.
Que les nageurs se rassurent, Chapman's Pool n'a rien d'une piscine municipale. C'est une petite crique de la Jurassic Coast, ce littoral du Dorset inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, à une balade à pied de l'endroit où William Dorey a grandi, du côté de Swanage. C'est là que l'homme derrière Skinshape est allé tendre ses micros pour capter le clapotis des vagues sur le rivage, avant de glisser ce morceau de paysage dans son nouvel album. Le décor est planté : Chapman's Pool est un disque de retour aux sources, au sens presque littéral.
Pour qui aurait manqué les épisodes précédents, Skinshape est le projet solo de William Dorey, multi-instrumentiste installé à Londres. Une ligne de son CV vous parlera peut-être : de 2014 à 2017, il a tenu la basse au sein de Palace, groupe indie londonien dont il est l'un des fondateurs, avant de raccrocher à l'automne 2017, au sortir de la tournée de l'album So Long Forever, pour se consacrer à sa propre musique. Depuis son premier disque en 2014, Skinshape aligne les sorties avec une régularité d'horloger, toutes façonnées sur du matériel analogique d'époque, magnétophones à bandes des années 60 compris. Son titre « I Didn't Know » a dépassé les 50 millions d'écoutes, et Dorey trouve encore le temps de faire vivre un label reggae, Horus Records. Longtemps rétif à la scène, il a fini par monter un groupe et prendre la route en 2024 ; c'est d'ailleurs entre deux salves de concerts que ce nouvel album a vu le jour.
Le disque a été écrit et enregistré en 2024 et 2025 dans le studio de Dorey, à Finsbury Park, au nord de Londres. Fidèle à son éthique, il a tout fait lui-même (écriture, prise de son, production, mixage), sans aide extérieure hormis pour le mastering. Il tient aussi l'essentiel des instruments : guitare électrique, basse, piano, claviers et synthés en tout genre, boîtes à rythmes et une ribambelle de percussions semées çà et là, avec cette fois un penchant assumé pour le Mellotron et le glockenspiel. Seules les baguettes changent de mains : Tom Blunt, pilier de son groupe de scène, officie sur sept titres, tandis que Dan Hale prend le relais sur le morceau-titre et sur « Together We Win ». Outre les vagues de la crique, d'autres prises de son glanées hors du studio se cachent dans les recoins du disque, comme cette voiture qui passe à la fin de « Take It As It Is ». Le principal intéressé prévient lui-même que c'est subtil : bonne chasse au bruit de moteur, casque vissé sur les oreilles.
C'est précisément ce qui rend Skinshape intéressant. Voilà un ancien bassiste de groupe qui produit ses disques en solitaire. Dès le premier album, en 2014, la présentation officielle mettait en avant des rythmiques basse-batterie bien lourdes, qui donnaient à l'ensemble un parfum hip-hop et trip-hop. Quelques années plus tard, Dorey expliquait au magazine The Line of Best Fit que l'enregistrement gagne à rester simple, avec quelques micros et la bonne atmosphère, comme sur les vieux disques qu'il chérit. Chapman's Pool porte toujours l'étiquette trip-hop sur Bandcamp, aux côtés du funk et du rock psychédélique, et Lewis Recordings le recommande aux amateurs de Khruangbin, Tame Impala, Michael Kiwanuka et Ezra Collective. Chez Khruangbin, chacun sait que la basse de Laura Lee tient la maison : la référence a de quoi titiller l'oreille d'un bassiste.
paru le 30 octobre 2026
Written, Produced, Recorded and Mixed by William Dorey aka Skinshape
The Blade of a Knife, Take It As It Is, Spirit, Underwater, Lover, Last Dance In London and Bye Bye Addis - Drums by Tom Blunt
Chapman's Pool and Together We Win - Drums By Dan Hale
Last Dance In London:
Vocals by Maddy Brodrick, Keziah Hodgson and Athena Evangelou-Wilson
Cello by Bryony Lowe
Violin by Eleonora (Ellie) Consta
Tuba by Barnaby Slade
Trumpet by Adam Chatterton
French Horn by Philippa Koushk-Jelali
Bye Bye Addis:
Flute by Ruta Sipola
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