Ils ont appris le swing aux noctambules d’un club techno munichois et passé Beethoven, Mahler et Bruckner à la moulinette du kick à quatre temps. Pour Noël, la Jazzrausch Bigband débranche tout : pas une nappe de synthé, pas un beat programmé, mais neuf compositions inédites de Leonhard Kuhn taillées dans la poésie allemande, plus un choral de Luther pour fermer la porte. Un disque de saison qui ne ressemble à aucun autre.
L’histoire commence en mars 2014 dans un petit club munichois, le Rausch & Töchter, où le tromboniste Roman Sladek réunit des camarades de la Hochschule für Musik und Theater pour animer une série de concerts baptisée « Jazzrausch », l’ivresse du jazz. Le club ferme, la bande déménage au Harry Klein, temple techno de la ville, et en devient la big band résidente. La Süddeutsche Zeitung parle alors d’une fusion du son big band avec la house et la techno ; la suite la mènera de l’Elbphilharmonie de Hambourg, à guichets fermés, jusqu’au Lincoln Center de New York. Entre-temps, le compositeur maison Leonhard Kuhn, guitariste de formation, a signé chez ACT des relectures électro-symphoniques de Beethoven, de Mahler et de Bruckner.
Mais chaque hiver, la machine change de costume. Depuis sa fondation, l’orchestre entretient un programme de Noël, déjà gravé deux fois : Still! Still! Still! en 2019, puis Alle Jahre wieder! en 2022, où Kuhn arrangeait avec malice le répertoire des chants traditionnels allemands. Am Weihnachtsabend franchit un cap : cette fois, le compositeur écrit. Le texte de présentation pose la question avec une pointe de provocation (qui compose encore de nouvelles chansons de Noël aujourd’hui ?) et la réponse tient en quarante-cinq minutes de swing acoustique, l’orchestre ayant annoncé un programme entièrement dépourvu de sons électroniques. Pour une formation qui a bâti sa légende sur le dancefloor, c’est un retour aux sources autant qu’un défi.
paru le 30 octobre 2026
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