Yes — Aurora

Publié le 2 septembre 2026 à 10:51
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On avait pris l'habitude d'aborder les nouveaux disques de Yes avec une forme de prudence affectueuse. Aurora désarme assez vite cette prudence. Produit par Steve Howe, enregistré à distance entre les studios personnels de Los Angeles et du Royaume-Uni, l'album ne sonne pourtant jamais comme un assemblage de fichiers : c'est le disque le plus cohérent de l'ère Jon Davison, et probablement le plus ambitieux depuis Magnification.

L'ambition, ici, a un nom : « Countermovement », pièce maîtresse d'environ un quart d'heure, découpée en mouvements qui s'enchaînent à la manière d'une face B d'Abbey Road — non pas un thème unique décliné, mais une succession d'idées qui se passent le relais. Autour, huit titres qui alternent la fresque (« Aurora », « Ariadne », toutes deux rehaussées par le Czech National Symphony Orchestra dirigé par Vladimir Martinka) et le format plus ramassé (« Turnaround Situation » et sa guitare nylon jazz, « All Hands on Deck » et l'un des riffs les plus lourds signés Howe depuis longtemps).

Reste la question que ce site ne peut pas ne pas poser. Billy Sherwood occupe le poste depuis dix ans maintenant, et Aurora confirme ce que les trois disques précédents laissaient entendre : il ne joue pas — il ne jouera jamais — comme Chris Squire. Là où Squire faisait de la basse une voix concurrente, tranchante, presque en duel permanent avec la guitare, Sherwood construit un socle. Les intros lui appartiennent souvent, le grain reste large et charnu, mais l'essentiel de son travail consiste à verrouiller l'ensemble avec Jay Schellen, dont il partage la respiration au point qu'on entend la section rythmique comme un seul instrument.

Ce n'est pas une basse qui réclame l'attention : c'est une basse qui rend l'album possible.

Frustrant ? Parfois, oui. Sur les passages orchestraux, où les claviers de Geoff Downes ont été poussés très en avant dans le mixage, on aimerait entendre la basse mordre davantage, occuper l'espace médium que Squire s'appropriait sans demander la permission. Mais le mixage, précisément, est l'une des grandes réussites du disque : dense sans être encombré, chaque instrument logé dans son propre volume. Dans cette architecture-là, un jeu plus démonstratif aurait fait s'effondrer l'équilibre. Sherwood le sait, et joue en conséquence.

Le reste tient de la bonne nouvelle : Davison a cessé d'imiter Jon Anderson et descend enfin dans son registre grave, Howe multiplie les couleurs (guitare portugaise, sitar-guitare), et l'ensemble donne l'impression rare d'un groupe — pas d'un catalogue.

paru le 12 juin 2026
Lineup:
Steve Howe – guitar, vocals 
Geoff Downes – keyboards, vocals 
Jon Davison – vocals, guitar, keyboards, percussion 
Billy Sherwood – bass, vocals 
Jay Schellen - drums 

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