Jack Irons & Remco Hendriks – Iridescence

Publié le 14 juillet 2026 à 07:01
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Il y a des rencontres qui ne devraient, sur le papier, jamais donner un disque entier. D'un côté, Jack Irons, batteur fondateur des Red Hot Chili Peppers, membre historique des débuts de Pearl Jam, homme de l'ombre qui n'a jamais eu besoin d'en faire trop pour marquer une chanson. De l'autre, Remco Hendriks, bassiste néerlandais connu de toute une communauté de bassistes pour sa chaîne Remco's Groove Lab, où il enchaîne depuis des années des sessions groove en une prise, basse fretless en tête, harmoniques et double-stops à l'appui. Deux univers, deux générations de réseaux (le rock FM des nineties d'un côté, YouTube et Instagram de l'autre) qui se retrouvent sur Iridescence, dix titres enregistrés entièrement en temps réel, sans MIDI ni retouche numérique.

C'est justement cette contrainte qui donne au disque sa couleur. Batterie, basses, synthés, pédales, percussions : tout a été capté dans le feu de l'instant, à l'ancienne, façon prise de son analogique. Le résultat n'a rien d'un exercice de studio léché — on entend le grain, les respirations, les décisions prises à la volée. Et c'est bien la basse de Hendriks qui porte l'essentiel du poids harmonique de l'ensemble : sur un disque sans guitare ni clavier mélodique fixe, c'est elle qui trace les lignes, pose les couleurs, remplit l'espace que la batterie d'Irons — toujours retenue, toujours au service du morceau — laisse volontairement vacant.

Hendriks joue ici essentiellement en fretless, avec cette manière très reconnaissable de faire chanter la corde plutôt que de la marteler : glissés, harmoniques, doubles cordes, un vibrato large qui rappelle par moments Pino Palladino période solo, par d'autres le geste plus rustique et vocal d'un Jaco période Weather Report. Sur des morceaux comme Creatures of the Deep ou Floating in Space, la basse n'accompagne pas, elle raconte : c'est elle qui installe le climat, avant que la batterie ne vienne, patiente, structurer le récit. Ailleurs — The Dog Dance, Something Must Work — le duo resserre le jeu et bascule vers un groove plus funk-rock, plus frontal, où l'on retrouve le sens du riff et du silence qui a toujours caractérisé le jeu d'Irons chez RHCP.

L'ensemble se construit comme un voyage : le titre d'ouverture, Under Alien Water, plonge d'emblée dans une matière flottante, presque suspendue, avant que l'album ne circule entre plages aériennes et séquences plus tendues, pour se refermer sur Gravity, où Alain Johannes est venu prêter main forte au mixage batterie et synthés — un clin d'œil à la longue histoire commune des deux musiciens dans l'orbite Chili Peppers / Eleven. Le mixage général, réparti entre Jack Irons, son fils Zach Irons et Remco Hendriks selon les morceaux, garde partout cette cohérence de disque pensé comme un tout plutôt que comme une collection de titres.

La peinture à l'huile de Joop Smits qui orne la pochette résume assez bien l'intention : quelque chose d'organique, de mouvant, qui change de couleur selon l'angle sous lequel on le regarde — l'iridescence, donc. Le disque fonctionne de la même façon : pas de tube évident, pas de moment calibré pour une playlist, mais une matière qui se révèle par couches successives à l'écoute, et qui demande un peu de patience pour livrer tout son groove.

paru le 29 mai 2026
Written, Recorded, and Produced by Jack Irons & Remco Hendriks
Jack Irons - Drums / Percussion / Synthesizers
Remco Hendriks - Bass / Fretless Bass / Soundscapes
Track 1-4 & 6-9 Mixed by Jack Irons & Zach Irons
Track 5 & 10 Mixed by Jack Irons & Remco Hendriks
Track 10 drums/synths Mixed by Alain Johannes
Mastered by Dave Gardner at DSG Mastering
Cover Art (oil on board) by Joop Smits
Breaching Whale Records, 2026.

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