Tony Wilson – Hot Chocolate (1936 – 2026)
Avant d’être l’un des architectes d’un son britannique qui allait conquérir l’Amérique, Tony Wilson est un adolescent de Trinidad qui se lance dans la musique à 16 ans. Il fait ses classes dans les formations locales, The Flames, The Souvenirs puis The Corduroys, avant de traverser l’Atlantique pour s’installer à Londres. Au milieu des années 1960, il fait partie des Soul Brothers, qui publient trois 45 tours entre 1965 et 1966.
La rencontre décisive a lieu dans son voisinage londonien : un certain Errol Brown, chanteur à la voix de velours d’origine jamaïcaine. Wilson le pousse à écrire, et le duo tente un coup de poker resté célèbre : enregistrer, sans autorisation, une version reggae de « Give Peace a Chance » et l’envoyer directement à John Lennon. Le Beatle apprécie, et Apple Records publie le disque en 1969. Hot Chocolate est né.
Le groupe trouve ensuite son port d’attache chez RAK, le label du producteur Mickie Most, et entame une série de succès qui tiendra quinze années d’affilée dans les charts britanniques à partir de 1970. Wilson y est bassiste, chanteur et, surtout, compositeur aux côtés d’Errol Brown. Le tandem signe « Love Is Life », « Brother Louie », récit d’un amour interracial repris avec succès aux États-Unis par le groupe Stories, et la poignante « Emma ». En 1975, « You Sexy Thing » grimpe à la troisième place du Billboard Hot 100 et fait de Hot Chocolate l’un des premiers groupes britanniques majoritairement noirs à s’imposer en Amérique. Sa basse ronde et dansante, calée entre soul, reggae, rock et disco, donne au morceau cette démarche chaloupée qui traversera les décennies, jusqu’à sa seconde vie en 1997 grâce au film The Full Monty.
Les tensions autour des droits d’auteur et de l’orientation artistique poussent pourtant Wilson à quitter le groupe dès 1975. Il enregistre deux albums solo, I Like Your Style en 1976 et Catch One en 1979, ainsi que le single « Hangin’ Out in Space », sans rencontrer le succès commercial espéré. Il continue d’écrire pour d’autres, de Herman’s Hermits à Mary Hopkin et Mavis John, puis s’éloigne de l’industrie musicale pour retourner vivre à Trinidad. Il est mort chez lui, sur son île natale, en avril 2026, à l’âge de 89 ans.
Écouter Hot Chocolate sur Spotify : open.spotify.com/artist/72VzFto8DYvKHocaHYNWSi
Hamish Stuart – Average White Band, Paul McCartney, Ringo Starr & His All-Starr Band (1949)
James Hamish Stuart grandit à Glasgow et commence la musique derrière une batterie, au début des années 1960, avant de passer aux cordes. Il enregistre avec les Dream Police puis rejoint en juin 1972 une bande de musiciens écossais qui ont décidé de jouer le funk de Memphis et de Detroit mieux que personne : l’Average White Band.
Au sein d’AWB, Stuart partage le chant principal avec Alan Gorrie, et les deux hommes s’échangent guitare et basse selon les morceaux. Sa voix de tête, capable de rivaliser avec les falsettos de la soul noire américaine, devient l’une des signatures du groupe. Installé aux États-Unis et signé chez Atlantic, AWB publie en 1974 l’album AWB, produit par Arif Mardin, dont l’instrumental « Pick Up the Pieces » se hisse à la première place du Billboard en 1975. Le groupe surmonte la disparition brutale de son batteur Robbie McIntosh, enchaîne avec Cut the Cake et impose pendant une décennie un funk d’une précision d’horloger. Stuart y reste jusqu’à la séparation du groupe en 1982.
Commence alors une seconde carrière, plus discrète mais tout aussi riche, d’auteur et de producteur. Stuart écrit ou produit pour Aretha Franklin, Chaka Khan, David Sanborn, Atlantic Starr, Smokey Robinson, Jeffrey Osborne, George Benson ou Diana Ross. Avec Ned Doheny, il cosigne « What Cha’ Gonna Do for Me », l’un des grands succès de Chaka Khan au début des années 1980.
En 1989, Paul McCartney l’engage pour l’album Flowers in the Dirt et la tournée mondiale qui suit, documentée par Tripping the Live Fantastic. Stuart y démontre sa polyvalence : lorsque McCartney prend la guitare ou s’installe au piano, c’est souvent lui qui reprend la basse, et leurs voix se marient à merveille dans les harmonies. L’aventure se prolonge avec l’album Unplugged (The Official Bootleg), Off the Ground et la tournée mondiale de 1993 captée sur Paul Is Live. McCartney a d’ailleurs souligné publiquement la qualité de soul singer de son partenaire.
En 1999, Stuart publie son premier album solo, Sooner or Later, sur son propre label Sulphuric Records. Il rejoint ensuite Ringo Starr & His All-Starr Band en 2006, 2008 et 2019, où il fait revivre « Pick Up the Pieces » devant le public de l’ex-batteur des Beatles. Il se produit aujourd’hui à la tête du Hamish Stuart Band, notamment dans les clubs londoniens comme le 606 Club, où il revisite son répertoire entre soul, funk et pop.
Site officiel : hamishstuart.co.uk
Robert « Kool » Bell – Kool & the Gang (1950)
Robert Bell voit le jour à Youngstown, dans l’Ohio, avant que sa famille ne s’installe à Jersey City, dans le New Jersey. Le jazz fait partie du décor familial : Thelonious Monk est son parrain. Dans les rues de Jersey City, le jeune Robert adopte le surnom de « Kool », une façon de trouver sa place parmi les bandes du quartier. Le sobriquet deviendra une marque mondiale.
En 1964, avec son frère Ronald au saxophone et une poignée d’amis du quartier, il forme les Jazziacs. Le groupe change plusieurs fois de nom, Soul Town Band puis Kool & the Flames, avant d’adopter en 1969 celui de Kool & the Gang. Signé chez De-Lite Records, le groupe développe un funk instrumental dense et cuivré, dans lequel la basse de Robert Bell sert de colonne vertébrale, sèche et percussive, en dialogue permanent avec la batterie et les cuivres.
La percée arrive en 1973 avec l’album Wild and Peaceful, disque d’or porté par « Jungle Boogie », « Hollywood Swinging » et « Funky Stuff ». Le groupe contribue ensuite à la bande originale de Saturday Night Fever avec « Open Sesame », qui lui vaut un Grammy. À la fin des années 1970, Kool & the Gang opère un virage décisif : l’arrivée du chanteur James « J.T. » Taylor et la collaboration avec le producteur brésilien Eumir Deodato ouvrent la voie à une pop-soul irrésistible. Ladies’ Night en 1979 puis Celebrate! en 1980 propulsent le groupe au sommet, et « Celebration » devient un standard universel, joué dans les mariages, les stades et les fêtes du monde entier. Suivent « Get Down on It », « Joanna », « Fresh » ou « Cherish », qui prolongent l’âge d’or jusqu’au milieu des années 1980.
Le catalogue du groupe trouve une nouvelle jeunesse grâce au hip-hop, qui l’échantillonne abondamment, et au cinéma : « Jungle Boogie » résonne dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Robert Bell, qui cosigne une grande partie du répertoire avec son frère Ronald et J.T. Taylor, entre au Songwriters Hall of Fame en 2018. En 2024, Kool & the Gang est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame, soixante ans après les débuts des Jazziacs.
Toujours à la tête du groupe, Robert Bell s’est aussi fait entrepreneur et ambassadeur culturel. Parmi ses projets figure Le Kool Champagne, une cuvée grand cru élaborée à Reims, clin d’œil de l’homme de Jersey City à la France.
Site officiel : koolandthegang.com
C.J. Ramone – Ramones, Los Gusanos, Bad Chopper (1965)
Christopher Joseph Ward naît dans le Queens, à New York, le quartier même qui a vu naître les Ramones. Il s’engage dans le corps des Marines des États-Unis, sans renoncer à la musique. En 1989, l’occasion se présente : Dee Dee Ramone, bassiste et principal compositeur des Ramones, quitte le groupe. Johnny Ramone, séduit par son allure et son jeu, lui confie la place. Rebaptisé C.J. Ramone, il donne son premier concert avec le groupe à Leicester, en Angleterre, le 30 septembre 1989.
La tâche est redoutable : remplacer une figure fondatrice auprès d’un public réputé intransigeant. C.J. s’impose par son énergie, son jeu au médiator puissant et régulier, et une présence scénique qui insuffle une vigueur nouvelle aux dernières années du groupe. Il enregistre trois albums studio avec les Ramones : Mondo Bizarro en 1992, où il chante « Strength to Endure », Acid Eaters en 1993, recueil de reprises des années 1960, et ¡Adios Amigos! en 1995, sur lequel il compose et chante. Les Ramones donnent leur dernier concert à Los Angeles le 6 août 1996, et C.J. figure aussi sur les albums live Loco Live, Greatest Hits Live et We’re Outta Here!.
Parallèlement, il avait fondé dès 1992 Los Gusanos, groupe de punk-rock musclé qui poursuit sa route après la fin des Ramones. En 2000, il lance Bad Chopper, qu’il mène jusqu’en 2010. Il endosse ensuite pleinement son nom de scène pour une carrière solo : Reconquista en 2012, Last Chance to Dance en 2014, American Beauty en 2017 et The Holy Spell… en 2019, chez Fat Wreck Chords. Ces disques perpétuent la formule du groupe new-yorkais, des refrains courts et fédérateurs, des guitares en rafale et une basse qui avance sans jamais regarder en arrière, tout en laissant percer des influences rock et americana plus personnelles.
Sur scène, C.J. Ramone continue de faire vivre le répertoire des Ramones aux côtés de ses propres chansons, en gardien énergique d’un héritage dont il est l’un des derniers témoins directs.
Site officiel : cjramone.com
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